Financement de l’économie africaine : la France seule au chevet d’une Afrique moribonde (Par Goïkoya Kolié )

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Le 18 mai 2021 s’est tenue à Paris, à l’initiative du président Macron, une messe économique, intitulée : Sommet sur le financement des économies africaines.  Le président français, Emmanuel Macron, se dit aux côtés de l’Afrique, qu’il compte aider à traverser la crise économique engendrée par la pandémie du coronavirus, en organisant une campagne de financement des économies africaines. Qu’en est-il dans les faits ?

Le président Macron est-il réellement cet ami africain de l’Élysée que le continent noir n’a jamais eu ? Vraiment !

Déclaration finale, extrait. 

La pandémie de la Covid-19 a provoqué une crise économique mondiale sans précédent, aux conséquences sociales majeures. Après 25 ans de croissance continue, l’Afrique est gravement touchée et a connu une récession en 2020.

Le Fonds monétaire international (FMI) estime que jusqu’à 285 milliards de financements supplémentaires sur la période 2021-2025 seraient nécessaires aux pays africains, dont près de la moitié aux pays africains à faible revenu, pour renforcer la réponse apportée à la pandémie. Sans action collective, le financement et les objectifs du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et l’Agenda 2063 de l’Union africaine seront compromis (…)

Nous, les dirigeants participant au sommet, en présence d’organisations internationales, avons la responsabilité d’agir ensemble et de combattre la grande divergence qui est en train d’apparaitre entre les pays et au sein de chaque pays. Cela nécessite d’agir collectivement pour mettre en place un plan de soutien financier très substantiel visant à donner une impulsion indispensable à l’économie de ces pays et à apporter les moyens d’investir pour un avenir meilleur (…)

Nous nous appuierons sur le système financier international pour créer l’espace budgétaire nécessaire aux économies africaines (…)

Emmanuel Macron veut utiliser le continent africain pour régler ses problèmes, s’indigne Nathalie Yamb
Pour Nathalie Yamb, ce sommet qui a connu la participation de 18 présidents, ne serait qu’une nouvelle entourloupe, une vaste plaisanterie du maitre de l’Élysée, qui en situation inconfortable sur le plan intérieur, alors que l’influence de son pays se rétrécit comme peau de chagrin à l’international, se chercherait des voies et moyens pour se rendre intéressant et mobiliser des fonds pour sa propre campagne présidentielle. Celle qu’on appelle affectueusement la dame de Sotchi, écrit :
« À un an de l’élection présidentielle en France, M. Macron qui n’a pas su gérer dans son pays l’équation du chômage, la migration, la dette et la désindustrialisation, prétend vouloir donner des conseils aux pays africains et les aider à faire face à leurs problèmes économiques ; alors que la France est le pays le plus endetté d’Europe, en termes de dettes sur PIB.

Macron veut utiliser le continent africain pour régler ses problèmes internes. Pour comprendre les enjeux de ce qui s’est passé à Paris, il faut savoir ce qu’est la dette africaine. La dette africaine, c’est l’argent que les pays développés prêtent à l’Afrique pour que les Africains achètent les produits des pays développés.

On ne prête pas de l’argent à l’Afrique pour qu’elle puisse se transformer, s’industrialiser, réaliser des projets au gré de ses intérêts, ou acheter où bon lui semble. Lorsque les médias français affirment que la Chine détient 20 % de la dette africaines, cela revient à dire que la Chine prête à l’Afrique pour qu’en retour, celle-ci achète des produits chinois. Et ça, ça ne plait pas du tout à Paris. Les autres européens ne donnent pas l’impression de pleurnicher sur ce que la Chine fait en Afrique. Macro, lui, se lamente à propos de la mise en danger des monopoles et des marchés qu’il pensait captifs pour l’éternité, du fait de la colonisation. Hélas pour le président français, le monde avance, et aujourd’hui, son pays se retrouve en concurrence en Afrique avec des pays comme les États-Unis, le Brésil, la Chine, l’Australie, qui eux aussi sont acheteurs de matières premières.

La France est incapable de stopper l’expansion chinoise sur ce qu’elle considère à tort comme son pré carré. C’est ainsi que Emmanuel Macron convoque des chefs d’État africains, et, sous le prétexte de vouloir les aider, les propose un mécanisme qui va encore plus les aliéner. Dans sa communication, l’Élysée fait savoir que, je cite : « La France propose de faire profiter à l’Afrique de droits de tirage spéciaux (DTS) du fonds monétaire international, des instruments de change qui permettent notamment de financer des importations ».

Voyez-vous, ce n’est même plus caché : l’argent qui sera débloqué servira à financer des importations. C’est donc pour acheter des biens produits ailleurs. La suite est encore plus perverse. Je cite : « Le FMI devrait décider en juin, une émission massive de DTS de 650 milliards de dollars, dont 34 milliards pour l’Afrique ».

Comprenez-vous l’arnaque d’utiliser l’Afrique pour justifier l’émission de DTS massif, et lorsque vous observer comme il faut, vous constatez que l’Afrique n’en reçoit qu’un 5 % (…) Nos dirigeants présents à Paris étaient 19 sur 54, preuve de la perte d’influence de la France en Afrique. Parmi ceux qui se sont rendus, combien avaient l’aval de leurs populations? En complice zélé de notre exploitation, ils sont allés faire du tourisme de mendicité à Paris ».

De la malhonnêteté intellectuelle, crie le continent
C’est en tout cas, ce que pensent nombres d’observateurs et de commentateurs politiques Africains. Des prêts en bien de consommation servent à faire tourner l’économie des pays bailleurs. Lorsque des pays lourdement endettés envisagent d’avancer des prêts à une Afrique supposément malmenée par la pandémie du coronavirus, il est permis d’expliquer que nous nageons pleinement dans l’arnaque intellectuelle. Quels enjeux ou perfidies cachent cet intérêt de planifier, schématiser et décider pour l’Afrique sans les Africains, mis à part, les endo-colons et les pantins promus ? C’est ce que Mme Yamb décortique avec brio, dans un langage commun et accessible, ce qu’il faut comprendre de ce sommet. Le scepticisme sur les intentions du président Macron est légitime.

De prima abord, il faut souligner l’extrême habilité du président français, qui anticipe sur l’émission prochaine des (DTS) par du Fonds monétaire international, pour capitaliser sur l’endettement des pays africains.
Les économies africaines étaient déjà à terre (croulant sous le poids des dettes de ses partenaires réunis à Paris), avant l’irruption de la Covid-19.

Les mesures de santé publique, notamment le confinement et la quarantaine, qui ont poussé à un ralentissement de l’économie mondiales ne peuvent justifiées l’état de l’économie africaine de la période post-covid, pour la simple raison que cette économie, essentiellement informelle de survivance n’a jamais arrêtée de tournée.

Les seules économies qui pourraient faire l’objet de déficit sont celles des entreprises étrangères établies sur le continent. Bon an mal an, ce sont elles qui ont tiré profit des 25 années de croissance continue, dont se réfère la Déclaration du sommet de Paris, pour s’alarmer et inciter à un nouvel endettement à outrance de l’Afrique, pour ainsi secourir et protéger les investissements étrangers en Afrique.

Il faut à titre illustratif comprendre que lorsqu’un pays comme le Sénégal, affiche un taux de croissance de 6 à 8 % sur plusieurs années de suite, on s’explique mal pourquoi, sur une question de règlement de comptes politiques internes, les Sénégalais saccagent des entreprises étrangères. C’est bien parce que la croissance citée en rubrique, a un indéniable lien étroit avec la prospérité des pays développés, dont les entreprises sont installées dans ce pays. La jeunesse sénégalaise soupçonne les partenaires du Sénégal de s’octroyer à partir de ce pillage, de généreux programmes sociaux que son pays peine à lui offrir.

La France aux côtés de l’Afrique

De nombreux intellectuels africains doutent des intentions du président français et de la viabilité de cette amitié forcée. Du professeur Guadeloupéen, Kalala Omotundé à l’Universitaire haïtien, Jean Fils-Aimé, jusqu’à l’ensemble de la population noires de la planète, les africains de tous bords se sont sentis souillés, piétinés, provoqués et dénigrés par le président Emmanuel Macron, dans ses propos profondément choquants, des hommages de la France à l’empereur Napoléon Bonaparte, le 5 mai 2021, lors de la commémoration du bicentenaire de sa mort.

Avec à la fois l’élégance et l’éloquence du dignitaire nazi, à s’y méprendre d’un certain Goebbels, le président Emmanuel Macron a tenté maladroitement, outrageusement, arrogamment, de convaincre ses concitoyens et le monde entier, de l’humanité de l’un des hommes le plus bestial de l’histoire de la France.
Comment croire à la sincérité et à l’amitié du dirigeant français, lorsqu’il se livre à une célébration exaltée de Napoléoné Bonaparté, celui-là même qui représente pour les noirs ce qu’est Adolphe Hitler pour le juif ?

Comment faut-il juger cette France anachronique, exubérante d’une énergie irrépressible de ne point se répartir de ses crimes, et qui juge, sans retenue, les héros des autres, avec les lois d’aujourd’hui à l’exclusion de ses propres héros ?

Quelle somptueuse effronterie que d’associer Napoléon Bonaparte au bâtisseur, dans des « rimes invraisemblables », pour emprunter l’expression de Rokhaya Diallo, pendant qu’au même moment, on exige des africains, une amnésie collective, rejet de la mémoire de l’esclavage et la colonisation, qui sont d’ailleurs dorénavant assimilés au prétendu sentiment anti-français, anti-occidental et à la victimisation !

Peut-on tirer la même conclusion au sujet des juifs, qui seraient donc tous, soudainement antiallemands, du fait de dénoncer incessamment, inlassablement le nazisme, et de réclamer et d’obtenir effectivement des réparations et des dommages-intérêts ?

Pourquoi la souffrance des juifs n’est pas annihilée par le rappel intempestif, insidieux et constant du rôle de certains juifs dans la Shoah, comme c’est le cas lorsque les Africains dénoncent l’esclavage ?

Le « Love-hate relationship » que cultive constamment Emmanuel Macron débouche indubitablement sur un divorce que l’intéressé qualifie de sentiment anti-français et qui s’est manifesté dans les rues du Sénégal en mars dernier, alors que des entreprises françaises étaient la cible de l’indignation d’une jeunesse désabusée par l’extrême arrogance du maitre de l’Élysée.

Pour beaucoup d’Africains, le président Macron est l’orgueilleuse panacée des propos injurieux, dégradants, suprémacistes et racistes. Pour lui, la pauvreté aiguë du Niger n’aurait absolument rien à voir avec l’extorsion des richesses de ce pays par des entreprises coloniales françaises. Et ce, bien que de nombreux observateurs constatent que deux ampoules sur trois sont allumées en France grâce à l’uranium du Niger.

Pour M. Macron, il faut plutôt regarder du côté du nombre d’enfants portés par la femme africaine, pour expliquer cette pauvreté. Bien que des pays comme la Chine, les États-Unis, l’Inde et le Brésil nous démontrent que le développement est accéléré par un dynamisme démographique soutenu et encouragé. Sur le traitement enfantin des Africains, M. Macron ne déroge pas à la tradition française. Le discours mensonger du président Nicolas Sarkozy est encore frais dans les mémoires, nous confie un diplomate africain, qui n’exclut aucun des prédécesseurs du président français.

Réponse au président Macron
Jean Fils-Aimé donne une réplique ressentie, une réplique afro-centrique, une narration du point de vue des victimes, qu’il serait intellectuellement lâche de ne notre part de ne pas s’y associer. Le Dr Fils-Aimé écrit :
« La vérité sur Napoléon Bonaparte, le génocidaire vénéré par la France. – Je suis pour les blancs, parce que je suis blanc. Je n’ai pas d’autres raisons et celle-ci est la bonne.

Comment a-t-on pu accorder la liberté à des Africains, à des hommes qui n’avaient aucune civilisation. Il faut détruire tous les nègres des montagnes, homme et femmes. Ne gardez que des enfants en dessus de 12 ans – (…) Pour détruire le gouvernement des noirs, sous l’ordre de Bonaparte, le général Leclerc a commencé avec un système de noyade. Les soldats noirs qui n’ont pas été noyés, ont été placés dans des cales de bateaux, pleines de gaz de soufre, qu’ils appelaient, les étouffoirs (…)

Ceux qui ont bénéficié des politiques publiques de Napoléon Bonaparte nous le présente comme l’initiateur de l’État moderne, le grand législateur, le génie militaire, tandis que nous qui avons subi les politiques publiques de Napoléon Bonaparte, nous n’avons pas fait entendre suffisamment notre voix. De telle sorte que, le portrait qu’on nous présente de Napoléon Bonaparte est un portrait faux, qu’il faut rétablir la vérité. Car pour nous, Napoléon est un assassin, un sanguinaire, un génocidaire, un exterminateur des peuples noirs ».

Peut-on à la lumière de ce qui précède, conclure que le président Emmanuel Macron se préoccupe réellement du bien-être des Africains et de la bonne santé économique de leur continent ? Tirez vos propres conclusions.

Par Goïkoya Kolié, juriste