Accueil POLITIQUE Juillet 1999 : Jacques Chirac à Conakry face au dossier Alpha Condé

Juillet 1999 : Jacques Chirac à Conakry face au dossier Alpha Condé

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Il y a vingt-sept ans, le 21 juillet 1999, le président français Jacques Chirac entamait une tournée africaine de quatre pays par la Guinée. Sur place, il interpellait publiquement le régime de Lansana Conté sur le sort d’un opposant emprisonné, Alpha Condé, l’homme qui allait, onze ans plus tard, devenir président de la République.

Le 21 juillet 1999, Jacques Chirac posait le pied à Conakry pour la première étape d’une tournée africaine de cinq jours qui devait le mener ensuite au Togo, au Nigeria  puis au Cameroun. Selon les termes employés à l’époque, l’objectif affiché de ce déplacement était de promouvoir « l’enracinement de la démocratie » dans des pays au bilan jugé mitigé en matière de droits humains.

Le choix de la Guinée comme point de départ n’avait rien d’anodin. Il s’agissait de resserrer des liens distendus depuis quatre décennies : en 1958, le pays avait été la seule colonie française d’Afrique à rejeter par référendum la Communauté proposée par le général de Gaulle, un « non » retentissant porté par Ahmed Sékou Touré qui avait durablement gelé les relations entre Paris et Conakry.

 

Le point d’orgue protocolaire du séjour se déroule le 22 juillet, le deuxième jour de la visite : Jacques Chirac inaugure, aux côtés de Lansana Conté, le complexe hydroélectrique de Garafiri, sur le fleuve Konkouré, à environ 160 kilomètres au nord-est de Conakry, dans la préfecture de Kindia.

Le projet, engagé depuis 1995, avait connu un parcours chaotique : la Banque mondiale et la Banque africaine de développement s’en étaient retirées en cours de route, laissant la France reprendre le dossier à son compte. Le financement fut finalement bouclé grâce à la Caisse française de développement, à hauteur d’un quart du montant total, complétée par plusieurs fonds arabes, la Banque européenne d’investissement et la coopération canadienne. L’ouvrage, dont le coût global est estimé à 250 millions de dollars, retient un réservoir de 1,3 milliard de mètres cubes d’eau sur 91 km², pour une puissance installée de l’ordre de 75 à 80 mégawatts.

Devant les officiels réunis sur place, Chirac se félicite d’avoir accompagné, depuis ses premiers échanges avec Conté à Dakar au début de son mandat, la concrétisation de ce qu’il qualifie de l’un des plus grands chantiers du continent, présentant Garafiri comme la preuve que la France n’entend pas se désengager du continent africain. Il y voit le signe d’une confiance à cultiver envers un pays qu’il juge engagé dans une nouvelle dynamique de développement.

L’enthousiasme officiel contrastera toutefois avec le bilan dressé dans les années suivantes : la presse régionale notera, dès le lendemain de la cérémonie, que le chantier était en réalité loin d’être achevé, et des analyses guinéennes ultérieures souligneront que l’ouvrage n’a eu, au final, que peu de retombées sur l’électrification réelle du pays et de sa capitale.

À Conakry, où il avait posé le pied la veille, Jacques Chirac annonçait par ailleurs que la Guinée serait désormais traitée comme un partenaire prioritaire dans le cadre des relations bilatérales.

 

Mais le voyage se jouait aussi sur un tout autre terrain : celui du sort réservé à Alpha Condé, chef du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) et principale figure de l’opposition, alors incarcéré depuis sept mois.

Mais le voyage se jouait aussi sur un tout autre terrain : celui du sort réservé à Alpha Condé, chef du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) et principale figure de l’opposition, alors incarcéré depuis sept mois.

Retour en arrière. Candidat à l’élection présidentielle du 14 décembre 1998, Alpha Condé avait été appréhendé le 16 décembre près de la frontière ivoirienne, dans des circonstances mouvementées, avant d’être ramené à Conakry et écroué à la maison  centrale de Kaloum. Les autorités lui reprochaient d’avoir enfreint un décret présidentiel fermant les frontières terrestres en période électorale ; s’y ajoutaient rapidement des chefs d’accusation plus lourds  tentative d’emploi illégal de la force armée contre la sécurité de l’État, évasion de devises et violences contre des agents publics.

Amnesty International dénonçait dès cette période le caractère politique des poursuites, relevant qu’au moins soixante militants du RPG avaient été arrêtés dans la foulée du scrutin, la plupart affirmant avoir subi des sévices en détention.

C’est dans ce contexte que le président français choisit d’intervenir publiquement, et ce avant même son départ. Le 12 juillet 1999, il adressait un courrier à Amnesty International dans lequel il indiquait qu’il appartenait aux autorités judiciaires guinéennes de se prononcer sur la procédure, tout en assurant que la France resterait attachée au respect des libertés publiques  un message qu’il comptait, précisait-il, porter directement lors de son séjour à Conakry.

La promesse fut tenue dès le premier jour de la tournée. Lors d’une conférence de presse conjointe avec Lansana Conté, Jacques Chirac appela la Guinée à organiser pour Alpha Condé un procès rapide et transparent.

L’épisode illustre cependant les limites de la pression diplomatique française. Le président Conté avait alors laissé entendre à son homologue que le procès s’ouvrirait le 7 septembre suivant  une échéance ensuite confirmée publiquement par le ministre guinéen de la Justice. Elle ne fut jamais respectée : le dossier judiciaire, selon les organisations de défense des droits humains, était resté vide.

Pire, dans les mois qui suivirent la visite présidentielle française, au moins douze membres supplémentaires de l’opposition guinéenne furent placés en détention, signe que l’appel de Chirac n’avait guère infléchi la ligne du pouvoir en place.

Alpha Condé demeura finalement incarcéré vingt-neuf mois au total, dont plusieurs marqués par des grèves de la faim, avant de comparaître devant la Cour de sûreté de l’État. Le 11 septembre 2000, il fut condamné à cinq ans de prison pour atteinte à l’autorité de l’État, à l’issue d’un procès largement qualifié de simulacre par la presse guinéenne et internationale. Il fut gracié et libéré le 18 mai 2001, sur décision du président Conté lui-même.

Minkael BARRY 

Bibliographie

1- L’Indépendant Plus (Conakry), n° 132, 19 juillet 1999, p. 3 — Daouda Tamsir Niane, « Chirac en Guinée… le RPG peut-il espérer ?

2. L’Indépendant (Conakry), n° 346, 2 septembre 1999, p. 3 — reproduction du courrier de Jacques Chirac daté du 12 juillet 1999 ; cité in Mamadou Dindé Diallo, Un siècle de journaux, histoire de la presse écrite guinéenne de la période coloniale à nos jours (1925-2010)

3. L’Orient-Le Jour, « GUINÉE Jacques Chirac entame aujourd’hui à Conakry sa tournée africaine », 21 juillet 1999.

 

 

 

 

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