Il faut dès l’entame de cette démonstration scientifique, mettre en exergue l’impasse du conformisme mimétique occidental qui hante depuis bientôt un siècle nos grands intellectuels tous formés dans les universités occidentales ou des programmes de formation calques sur les modèles occidentaux.
Depuis plusieurs décennies, le débat sur le développement en Afrique subsaharienne et tout particulièrement en Guinée souffre d’un mal endémique qui met en exergue « l’incapacité d’une caste d’intellectuels dits « conformistes » à penser en dehors des prismes conceptuels et institutionnels légués par l’Occident.
Régulièrement taxée de provocatrice par de jeunes néophytes englués dans les orthodoxies néolibérales et juridiques européennes, ma posture prônant le « NON-CONFORMISME » n’a rien d’un dogmatisme aveugle.
Elle constitue une « attitude realiste rigougoureuse mûrement reflechie de ne pas se conformer aux normes sociales, politiques et morales de la pensée occidentale pour définir une démarche adéquate et souveraine de développement rapide. »
Pour tout agent de développement et analyste panafricaniste, cette attitude est le reflet d’une prudente réserve et d’un » relativisme moral et institutionnel » indispensables chaque fois qu’il s’agit de diagnostiquer les pathologies nationales et de proposer des pistes de rupture.
Il est temps que les intellectuels et dirigeants africains prennent conscience qu’ils ont été façonnés par des écoles et des doctrines du développement dont la finalité implicite demeure la protection de la suprématie occidentale et le maintien du continent dans les rets de l’impérialisme économique.
C’est dans ce contexte que je viens de proposer la formule novatrice d’evaluation du developpement national de la Guinee et des pays africains au sud du SAHARA : » La formule II,VI,II. pour démocratiser et donner un sens contextualisé à l’evaluation objective du développement de nos pays.
■ 1. Analyse Comparée du non-conformisme mondial : Le Soutien des Grands Théoriciens.
Affirmer que les principes de développement doivent être faits par et pour la société concernée n’est pas un repli identitaire ; c’est une vérité scientifique établie par les plus grands penseurs de l’histoire des sciences sociales:
▪︎A. Émile Durkheim et Melford Spiro : Le Sociétalisme et le Relativisme Moral.
Émile Durkheim a démontré dès les fondements de la sociologie que la morale et les normes ne sont pas des universaux intemporels, mais le produit direct de la structure d’une société à un moment donné : « Ce qui montre bien que la morale est l’œuvre de la société, c’est qu’elle varie comme les sociétés.
Celle des cités grecques et romaines n’était pas la nôtre. De même que celle des tribus primitives n’était pas celle de la cité etc.. S’il est un fait que l’histoire a mis hors de doute, c’est que la morale de chaque peuple est directement en rapport avec la structure du peuple qui la pratique.» Émile Durkheim (Revue Philosophique, pp. 73-74).
En prolongeant Durkheim, Melford Spiro (1951) a théorisé le « sociétalisme », posture selon laquelle la société prime chronologiquement et moralement sur l’individu et sur les abstractions importées.
Accepter cette réalité impose un relativisme moral et institutionnel: » ce qui est qualifié d’« orthodoxie démocratique » ou d’« État de droit » à Paris ou Genève ne peut s’imposer mécaniquement à Conakry sans engendrer le chaos ou la paralysie.
▪︎ B. Ha-Joon Chang (Université de Cambridge) : « Kicking Away the Ladder »
L’économiste hétérodoxe Ha-Joon Chang a mis en évidence dans ses travaux comparatifs que l’Occident (Royaume-Uni, États-Unis, Europe de l’Ouest) s’est développé grâce à des politiques d’État fort, de protectionnisme strict, de contrôle des capitaux et de coercition institutionnelle.
Une fois riches, ces nations ont « retiré l’échelle » (Kicking Away the Ladder) en imposant aux pays du Sud des doctrines de libre-échange, de neutralité de l’État et de libéralisme débridé pour les empêcher de devenir de véritables concurrents.
Le non-conformisme consiste à réemployer les méthodes de protection et de dirigisme qui ont historiquement fonctionné.
▪︎ C. Lee Kuan Yew et le Modèle Asiatique : Le Pragmatisme de Rupture.
L’émergence spectaculaire de Singapour, de la Corée du Sud ou de la Chine démontre que le développement n’a jamais été le produit du mimetisme démocratique occidental.
Lee Kuan Yew a rejeté la grille de lecture occidentale pour imposer une discipline administrative de fer, une méritocratie stricte et la primauté de l’ordre public sur l’individualisme.
▪︎ D. Karl Polanyi & Samir Amin : L’Encastrement et la Déconnexion.
Karl Polanyi (La Grande Transformation) démontre que l’économie doit rester encastrée dans les réalités sociales. En écho, Samir Amin a théorisé la nécessité de la « déconnexion » (delinking) vis-à-vis des diktats du marché mondial pour concevoir des politiques autocentrées.
■ 2. Le Cas Guinéen : Pourquoi le conformisme occidental est Incapable de créer le choc démocratique et économique ?
En Guinée, l’alignement aveugle de notre élite sur les modèles occidentaux a produit un désastre institutionnel. En voulant appliquer des formules copier-coller (multipartisme intégral sans base industrielle, gouvernance cosmétique axée sur des séminaires financés par les bailleurs, soumission aux règles financières néolibérales), nous avons :
– Ethnicisé le champ politique et, ce multipartisme intégral occidental s’est mué en un marché d’entreprises politiques à base communautaire, sapant la construction de l’Unité Nationale.
– Légitimé la corruption endémique sous le couvert d’un « État de droit » formel et de chartes des droits de l’homme instrumentalisées, les prédateurs des deniers publics se réfugient derrière des lenteurs juridiques et des procédures internationales pour protéger leur impunité.
Le conformisme occidental est incapable de créer le choc nécessaire à l’émergence de la Guinée parce qu’il interdit l’usage de la force légitime de l’État pour restructurer la société.
■ 3. Réfutation des 6 Préjugés conformistes et les mesures de choc non-conformistes.
À la cohorte des intellectuels conformistes qui répètent avec fermeté que nos propositions sont « impossibles », la science sociologique et l’histoire répondent par la preuve :
● Sur l’impossibilité d’imposer une langue officielle : Préjugé conformiste : « Il faut laisser une langue s’imposer d’elle-même.»
● Réponse non-conformiste : L’histoire des nations (Tanzanie avec le Swahili, Corée, France avec l’Ordonnance de Villers-Cotterêts) prouve que l’État souverain doit trancher et imposer la langue d’instruction et d’administration pour briser le monopole aristocratique de la langue coloniale et unifier les masses.
● Sur l’impossibilité de dissoudre le
multipartisme ethnique (Point 2 et 5) :
▪︎ Préjugé conformiste : « Le multipartisme intégral est un dogme démocratique intouchable. »
▪︎ Réponse non-conformiste : Face à la communautarisation du paysage politique, l’État a le devoir sociologique de dissoudre l’ensemble des partis actuels et de structurer l’échiquier autour de 2 grands partis politiques nationaux obligatoire (un pôle Socialiste et un pôle Libéral).
Cette ingénierie contraindra la classe politique à un débat d’idées et de programmes, éliminant de facto le repli identitaire.
● Sur l’impossibilité de contourner l’orthodoxie des droits de l’homme importés (Point 3) :
▪︎ Préjugé conformiste : « Les règles occidentales des droits de l’homme doivent primer sur toute décision d’État. »
▪︎ Réponse non-conformiste : Les droits de l’homme ne doivent plus servir de bouclier à la criminalité financière et au sabotage économique.
La survie et l’émergence de la Nation guinéenne prévalent sur l’individualisme juridique formel.
● Sur l’impossibilité de purger les régies financières (Point 4) :
▪︎ Préjugé conformiste : « On ne peut pas renvoyer tous les fonctionnaires des Finances, de la Banque Centrale et du Budget. »
▪︎ Réponse non-conformiste : C’est précisément parce que les circuits de fuite et de corruption y sont systémiques qu’une rupture est indispensable.
Le renvoi programmé et le remplacement intégral de ces corps par recrutement méritocratique strict et audit de moralité permettra de colmater les fuites, de multiplier le budget national par 10, et d’augmenter dans les mêmes proportions les salaires et investissements publics.
● Sur l’impossibilité de plafonner la richesse publique (Point 6) :
Préjugé conformiste : « L’État ne peut pas limiter le patrimoine personnel des fonctionnaires. »
▪︎ Réponse non-conformiste : L’enrichissement par le service public est une aberration. Fixer un plafond d’enrichissement aux agents publics (ex: 2 villas maximum) et saisir immédiatement tout surplus non justifié pour constituer la première réserve nationale de logements sociaux est une mesure de justice sociale et de salubrité publique.
4■ . Témoignages Percutants : Regards Croisés sur l’Impératif de Rupture.
● Témoignage N°1 Acteur du Secteur Financier Public (Conakry)
« Nous sommes enfermés dans des procédures d’audit et de contrôle dictées par les bailleurs de fonds occidentaux qui n’ont jamais arrêté un seul détournement en Guinée. Tous les cadres savent comment contourner les systèmes d’information financière ‘aux normes internationales’. Tant qu’on n’aura pas le courage politique d’opérer une purge complète et de remplacer ces réseaux par de nouveaux profils formés sous le sceau de la rigueur nationale, le budget guinéen continuera d’être siphonné à la source. La mesure de M. Mansaré n’est pas extrême, elle est vitalement nécessaire.»Cadre Supérieur du Ministère de l’Économie et des Finances (Sous couvert d’anonymat)
● Témoignage N°2 Chercheur en Sociologie politique panafricaine
« Le drame de la Guinée et de l’Afrique de l’Ouest a été d’adopter le modèle démocratique occidental de 1990 sans en avoir la base industrielle ni la cohésion nationale. Le résultat a été la transformation de la démocratie en un marché d’entreprises politiques à base communautaire. Imposer par le haut un bipartisme théorique structuré (Socialiste et Libéral) est exactement le type d’ingénierie institutionnelle non conformiste qui a permis à Singapour ou à la Chine de sortir 800 millions de personnes de la pauvreté. »Dr. K. O. Diallo, Enseignant-Chercheur en Sciences Politiques.
● Témoignage N°3 Administrateur Territorial et Préfet Émérite
« Lorsque vous appliquez les ‘normes de développement’ occidentales sur le terrain guinéen, vous vous heurtez à un décalage total avec nos réalités sociologiques.
Le citoyen guinéen ne demande pas des séminaires sur les droits de l’homme financés par des ONG internationales ; il exige la sécurité, des routes, de l’électricité et une justice implacable contre la corruption. Le non-conformisme de Stéphane Mansaré redonne à l’État son rôle de puissance éducatrice et organisatrice. »Ancien Gouverneur de Région Administrative.
En depit de tout ce qui precede posons nous la question de savoir: De quelle doctrine pouvons-nous accepter de recevoir des limites à notre volonté souveraine de transformer positivement notre pays ?
Qui a décrété qu’il était interdit d’user de la force légitime et de la loi pour accélérer notre histoire ?
La science sociologique nous enseigne que la légitimité d’une norme réside exclusivement dans son efficacité sociale et dans sa capacité à répondre aux besoins vitaux du peuple.
Ces réflexions constituent les jalons théoriques de mon prochain livre :
« NON-CONFORMISME ET PERSPECTIVES DE DÉVELOPPEMENT RAPIDE DE LA GUINÉE ».
J’invite l’opinion nationale et internationale à lire sur ma page Facebook, dès ce dimanche soir, la deuxième tribune issue de cette série, intitulée :
« COMMENT STOPPER IMMÉDIATEMENT LA CORRUPTION ENDÉMIQUE ET BOOSTER LES PERFORMANCES DE L’ADMINISTRATION PUBLIQUE POUR UNE GUINÉE ÉMERGENTE À TRÈS COURT TERME ? »
Aimé Stéphane MANSARÉ
Sociologue
Expert-Consultant en Sciences Sociales du Développement
Président du Conseil d’Administration de l’IPCJ-Guinée
Directeur Général du CERFOP au CNT Guinée









