Dans le paysage médiatique francophone, où les récits dominants continuent de façonner les perceptions globales du continent africain, l’attitude du journaliste français Thomas Dietrich suscite une exaspération croissante. Pour une large partie des opinions publiques africaines, son travail ne relève plus de la critique journalistique classique, mais d’une posture qui s’inscrit dans la continuité d’un regard colonial.
L’Afrique, encore trop souvent enfermée dans une grille de lecture héritée d’un passé que le Nord refuse d’assumer, se voit constamment assignée à une position d’éternel pupille, incapable de se gouverner, incapable de se raconter, incapable de se défendre. Cette tribune s’inscrit dans une démarche panafricaniste assumée : elle vise à exposer, avec rigueur et précision, la nature de l’acharnement médiatique de Thomas Dietrich contre les autorités de plusieurs pays africains, à replacer ses interventions dans une chronologie factuelle, et à rappeler que la souveraineté africaine ne se joue pas seulement sur le terrain politique ou économique, mais aussi sur celui de la narrative, de l’information et de la représentation.
L’acharnement médiatique de Thomas Dietrich : une posture coloniale persistante
Dès le lendemain du changement de pouvoir survenu en septembre 2021 en Guinée, Thomas Dietrich commence à publier des analyses et des vidéos consacrées aux nouvelles autorités, dans lesquelles il met en doute la capacité du pays à rompre avec les pratiques antérieures et à instaurer une gouvernance institutionnelle stable.
Au fil de ses interventions, il concentre une part importante de son attention sur l’entourage du chef de l’État, évoquant notamment le général Amara Camara, qu’il accuse publiquement de détenir des propriétés immobilières aux États-Unis par l’intermédiaire de sociétés écrans ou d’identités d’emprunt, et dont il critique la centralité dans l’appareil décisionnel guinéen.
Dans le même registre, il a également affirmé que l’épouse du président Mamadi Doumbouya posséderait une propriété dans le sud de la France, insinuant l’existence de réseaux d’intérêts transnationaux qui, selon lui, influenceraient la gouvernance guinéenne.
Sous Alpha Condé, il a relaté l’épisode de deux jeunes Français arrivés à Conakry avec un capital dérisoire, ayant créé une société minière avant d’obtenir un permis d’exploitation de bauxite qu’ils auraient ensuite revendu à des intérêts chinois grâce à l’appui de personnalités françaises telles qu’Anne Lauvergeon, Xavier Niel et Arnaud Montebourg, illustrant selon lui la porosité entre les réseaux politiques français et les circuits d’exploitation des ressources africaines.
Au-delà de la Guinée, Dietrich adopte une rhétorique récurrente à l’égard des dirigeants africains, qu’il qualifie fréquemment de “dictateurs”, et dont il réduit parfois la trajectoire à des formules dépréciatives, comme lorsqu’il a présenté Ibrahim Boubacar Keïta comme un “roi fainéant”.
Cette sévérité lexicale, qu’il applique avec constance aux dirigeants du continent, contraste fortement avec la prudence dont il fait preuve lorsqu’il évoque les dirigeants français, même lorsque ceux-ci ont été impliqués dans des actions d’une gravité extrême en Afrique.
Jacques Chirac, dont la responsabilité politique a été engagée dans l’affaire de l’Hôtel Ivoire ; Nicolas Sarkozy, dont l’intervention en Libye a contribué à la déstabilisation du Sahel ; ou Emmanuel Macron, sous le mandat duquel le bombardement de civils à Bounti a été documenté par des enquêtes internationales : aucun de ces dirigeants n’a jamais été qualifié par Dietrich de “dictateur”, ni même décrit avec la virulence qu’il réserve aux dirigeants africains.
Cette différence de traitement, observable dans l’ensemble de ses contenus publics, révèle une asymétrie profonde dans la distribution de ses critiques, où l’Afrique demeure le terrain privilégié de la condamnation morale, tandis que la France échappe à toute mise en accusation équivalente, même lorsque les faits en jeu relèvent de violations graves des droits humains ou de crimes de sang.
Tout en reconnaissant la nécessité d’une critique rigoureuse et exigeante de nos dirigeants, critique qui relève d’abord et avant tout de la responsabilité des Africains eux-mêmes dans l’exercice de leur souveraineté politique, nous refusons qu’un observateur occidental, imbu du mythe du sauveur blanc et porté par un imaginaire colonial persistant, se substitue à nous pour juger nos sociétés, d’autant que l’usage récurrent par Thomas Dietrich de qualificatifs dégradants à l’égard des dirigeants africains, jamais employés contre les responsables français ou européens impliqués dans des crimes de sang sur le continent, reproduit une asymétrie discursive qui, d’un point de vue panafricain, rappelle les hiérarchies raciales de Gobineau où le Blanc, se croyant supérieur, s’autorise à traiter le Noir de tous les noms d’oiseau sans jamais appliquer la même virulence à ceux de son propre camp.
Pendant que Dietrich scrute l’Afrique, la France croule sous les scandales
Ce qui frappe les observateurs africains, ce n’est pas seulement l’acharnement de Thomas Dietrich contre l’Afrique : c’est son silence assourdissant sur les scandales massifs, documentés, judiciairement établis, qui secouent son propre pays.
Sous la présidence d’Emmanuel Macron, la France a connu une accumulation de procédures judiciaires, de controverses éthiques, de mises en examen, de démissions ministérielles, d’affaires de stupéfiants, de conflits d’intérêts, de favoritisme, de détournements de fonds, de violences sexuelles, et de scandales de gouvernance qui auraient pu qui auraient dû mobiliser l’attention d’un journaliste d’investigation français. Pourtant, Dietrich n’en parle presque jamais.
Il préfère scruter le continent noir plutôt que Paris, dénoncer la Guinée plutôt que la Macronie, s’acharner sur l’Afrique plutôt que d’exposer les dérives de son propre pays. Et c’est précisément là que se révèle la dimension coloniale de sa posture : l’Afrique est pour lui un terrain d’indignation commode, un espace où il peut déployer une sévérité spectaculaire, tandis que la France demeure un territoire où les scandales sont traités avec une prudence, une retenue, une discrétion qui trahissent un double standard profondément ancré.
Les scandales français que Thomas Dietrich refuse d’examiner
Sous Emmanuel Macron, la France a été secouée par une série de scandales d’une ampleur inédite, révélant une crise profonde de la gouvernance, de la probité et de l’éthique publique.
Les affaires de corruption, de conflits d’intérêts et de favoritisme ont touché des figures centrales du pouvoir, de François Bayrou à Marielle de Sarnez, de Sylvie Goulard à Richard Ferrand, d’Éric Dupond-Moretti à Alexis Kohler, de Rachida Dati aux responsables impliqués dans les contrats McKinsey.
François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard ont été mis en cause dans l’affaire des assistants parlementaires du MoDem, soupçonnés d’avoir utilisé des fonds européens pour rémunérer des collaborateurs travaillant en réalité pour le parti, ce qui a conduit à des enquêtes du Parquet national financier et à des démissions ministérielles.
Richard Ferrand a été rattrapé par l’affaire des Mutuelles de Bretagne, dans laquelle il a été accusé d’avoir favorisé un montage immobilier au bénéfice de sa compagne, entraînant sa mise en examen pour prise illégale d’intérêts.
Éric Dupond-Moretti a été mis en examen pour prise illégale d’intérêts en raison de procédures disciplinaires engagées contre des magistrats qu’il avait publiquement critiqués lorsqu’il était avocat, révélant un conflit entre sa fonction ministérielle et ses inimitiés personnelles.
Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, a été mis en examen pour prise illégale d’intérêts en lien avec ses liens familiaux avec la compagnie maritime MSC, qui a bénéficié de décisions publiques alors qu’il siégeait dans des instances de décision, illustrant la porosité entre intérêts privés et fonctions publiques.
Rachida Dati a été mise en examen pour corruption et trafic d’influence dans le cadre de ses relations avec le groupe Altice, soupçonnée d’avoir perçu des honoraires en échange d’interventions politiques, révélant une confusion entre mandat public et activités de conseil rémunérées.
Les contrats McKinsey ont mis en lumière l’externalisation massive de la décision publique vers des cabinets de conseil privés, certains accusés de ne pas payer d’impôts en France, tout en bénéficiant de marchés publics stratégiques, révélant un système où la gouvernance est déléguée à des acteurs privés sans contrôle démocratique suffisant.
Les affaires de violences sexuelles ont éclaboussé Gérald Darmanin, Damien Abad, Nicolas Hulot ou Jérôme Peyrat, tandis que les affaires de stupéfiants ont mis en lumière la consommation de drogues dures par des élus comme Emmanuel Pellerin, Andy Kerbrat ou Joël Guerriau, ainsi que par des collaborateurs ministériels dont les renvois ont été opérés dans la discrétion.
Gérald Darmanin a été accusé de viol et d’abus de faiblesse par une plaignante, affaire qui a donné lieu à des enquêtes judiciaires et à des débats nationaux sur la compatibilité entre de telles accusations et l’exercice de fonctions régaliennes.
Damien Abad, nommé ministre malgré des accusations de viol et de violences sexuelles formulées par plusieurs femmes, a dû quitter le gouvernement sous la pression médiatique et politique, révélant les limites de la “présomption d’innocence” lorsqu’elle est utilisée comme paravent politique. Nicolas Hulot a été mis en cause par des témoignages de femmes l’accusant d’agressions sexuelles et de viols, ce qui a conduit à son retrait de la vie publique après des révélations médiatiques.
Jérôme Peyrat, proche de la majorité présidentielle, a été condamné pour violences conjugales, ce qui n’a pas empêché sa candidature politique avant que la polémique ne force son retrait.
Joël Guerriau, sénateur, a été mis en examen pour administration de substances nuisibles et tentative de viol après avoir drogué une députée, Sandrine Josso, avec de l’ecstasy lors d’un rendez-vous, dans le but de l’abuser sexuellement, révélant un niveau de prédation au cœur même des institutions représentatives.
Emmanuel Pellerin a été mis en cause pour consommation de cocaïne, tandis que d’autres élus et collaborateurs ont été épinglés pour usage de stupéfiants, achats auprès de mineurs, soumissions chimiques et comportements dangereux, révélant une banalisation de pratiques illégales au sein des cercles du pouvoir.
Les scandales liés aux cabinets de conseil, aux marchés publics opaques, aux omissions dans les déclarations d’intérêts, aux détournements de fonds, aux conflits d’intérêts familiaux, aux perquisitions ministérielles, aux mises en examen de ministres en exercice, aux démissions forcées, aux enquêtes du Parquet national financier, aux procédures interminables, aux peines aménagées, aux inéligibilités suspendues, aux conventions judiciaires d’intérêt public, ont révélé une justice à deux vitesses qui nourrit un sentiment d’impunité au sommet de l’État.
Les révélations sur la consommation de stupéfiants dans les ministères ont conduit à des dépistages surprises, à des débats parlementaires, à des controverses sur le rythme de travail des élus, à des interrogations sur la culture politique française. Les affaires de probité ont conduit à des condamnations de plus de 2 100 élus locaux entre 2014 et 2020, tandis que les affaires de gouvernance ont révélé une accumulation de procédures qui s’étirent sur des années, alimentant l’impression d’une justice au ralenti.
Les affaires de violences sexuelles ont provoqué des retraits politiques, des mises en examen, des enquêtes préliminaires, des débats sur la protection des victimes. Les affaires de stupéfiants ont révélé des comportements dangereux, des achats auprès de mineurs, des soumissions chimiques, des perquisitions révélant des drogues dures.
Les affaires de corruption ont révélé des liens familiaux, des conflits d’intérêts, des contrats opaques, des perquisitions ministérielles. Les affaires de favoritisme ont révélé des circuits de décision opaques, des marchés attribués sans concurrence, des procédures judiciaires ouvertes par le PNF.
Les affaires de gouvernance ont révélé des omissions dans les déclarations d’intérêts, des démissions forcées, des scandales médiatiques, des enquêtes parlementaires.
Les affaires de stupéfiants ont révélé des addictions, des interpellations, des renvois discrets, des dépistages surprises. Les affaires de probité ont révélé des condamnations, des peines aménagées, des inéligibilités suspendues. Les affaires de gouvernance ont révélé des procédures interminables, des recours systématiques, des peines différées. Les affaires de justice ont révélé une justice à deux vitesses, une perception d’impunité, un décalage entre sanction politique et sanction judiciaire.
Et pendant que la France traverse cette crise morale, institutionnelle et judiciaire, Thomas Dietrich détourne le regard, refuse d’enquêter, refuse d’exposer, refuse d’assumer la responsabilité journalistique qui incombe à tout observateur sérieux de la vie publique, préférant concentrer son indignation sur les capitales africaines plutôt que sur les scandales systémiques qui minent la gouvernance française.
Face à cette accumulation de scandales français, l’adage de Lambert Mendé résonne avec une force particulière : « Lorsque le berger voit le loup, il se méfie ; mais lorsqu’il le voit s’ériger en sentinelle du troupeau, il doit redoubler de vigilance. »
Cette phrase, profondément ancrée dans la sagesse politique africaine, rappelle que ceux qui se présentent comme des sentinelles morales, des donneurs de leçons, des procureurs autoproclamés, sont parfois les premiers à dissimuler leurs propres dérives.
Et c’est précisément ce que les opinions africaines reprochent à Thomas Dietrich : une posture qui s’érige en tribunal moral du Sud, tout en refusant d’examiner les dérives du Nord, une posture qui prétend éclairer l’Afrique tout en laissant la France dans l’ombre, une posture qui dénonce la Guinée tout en ignorant les scandales français, une posture qui s’acharne sur les dirigeants africains tout en protégeant les élites occidentales, une posture qui incarne la survivance d’un regard colonial que l’Afrique n’accepte plus.
Thomas Dietrich doit balayer devant sa porte
Cette tribune n’est pas une attaque personnelle. C’est une exigence de cohérence, une exigence de souveraineté, une exigence de dignité, une exigence de respect. Thomas Dietrich, journaliste français, devrait se concentrer sur les scandales massifs, documentés, judiciairement établis, qui secouent son propre pays, plutôt que de s’acharner sur les dirigeants africains.
Il devrait enquêter sur les affaires Kohler, Dati, Ferrand, Bayrou, McKinsey, Darmanin, Abad, Hulot, Peyrat, Kerbrat, Guerriau, Pellerin, plutôt que de scruter Conakry. Il devrait exposer les dérives françaises, plutôt que de caricaturer l’Afrique. Il devrait écouter Lambert Mendé, plutôt que de s’ériger en sentinelle du troupeau africain. Car l’Afrique n’a pas besoin de procureurs venus du Nord, n’a pas besoin de tutelle morale, n’a pas besoin de juges coloniaux, n’a pas besoin de récits paternalistes.
Elle a besoin de respect, de souveraineté, de justice, de neutralité, de rigueur, de dignité. Et elle a besoin que ceux qui prétendent l’observer commencent par balayer devant leur propre porte.
Car l’Afrique n’a jamais rejeté la critique : elle l’a toujours assumée, produite, formulée, pensée, incarnée par ses propres voix, par ses propres intellectuels, par ses propres journalistes, par ses propres résistants. Les analyses de Nathalie Yamb, les travaux de Franklin Nyamsi, les enquêtes d’Alain Foka, les interventions de Kemi Seba, les réflexions de Kako Nubukpo, les dénonciations de Martial Pa’nucci, les tribunes de nombreux universitaires africains démontrent que le continent n’a jamais manqué de lucidité ni de courage pour interroger ses dirigeants, ses institutions, ses trajectoires politiques.
L’Afrique n’a jamais demandé à être protégée, guidée, surveillée ou sermonnée par des observateurs occidentaux ; elle n’a jamais sollicité de tutelle morale ; elle n’a jamais réclamé de procureurs étrangers.
Elle revendique le droit fondamental de penser son destin, de juger ses propres dirigeants, de corriger ses propres erreurs, de construire ses propres institutions, sans qu’un regard extérieur, chargé d’un imaginaire colonial persistant, ne vienne s’interposer entre elle et sa souveraineté.
Et cette exigence de souveraineté n’est pas un caprice : elle est le fruit d’une histoire. Une histoire lourde, douloureuse, incontestable. Une histoire faite d’esclavage, de déportation, de colonisation, de pillage systématique des ressources, d’extorsion économique, de travail forcé, de massacres, de dépossession foncière, de destruction des structures politiques traditionnelles, de génocide culturel, d’effacement des langues, de falsification de l’histoire africaine, de réécriture des récits, de spoliation des terres, de grand remplacement démographique dans certaines régions, de confiscation de la mémoire, de négation de l’humanité africaine.
Une histoire faite de siècles d’abus, de domination, d’humiliation, de violence institutionnelle, de hiérarchies raciales imposées par les théories pseudo-scientifiques européennes du XIXᵉ siècle, dont celles d’Arthur de Gobineau, qui prétendait établir une supériorité ontologique de l’homme blanc sur les autres peuples.
Dans ce contexte, il est pour le moins paradoxal et profondément problématique qu’un journaliste occidental, héritier d’un espace politique qui a longtemps imposé sa domination sur le continent, se permette aujourd’hui de distribuer des qualificatifs dégradants aux dirigeants africains, tout en refusant d’appliquer la même virulence à l’égard des dirigeants français impliqués dans des crimes de sang en Afrique.
Il est impossible de parler de la responsabilité française en Afrique sans rappeler que sous Charles de Gaulle, l’État français a mené au Cameroun une guerre clandestine d’une brutalité extrême, utilisant le napalm contre des villages entiers, recourant à des armes chimiques dans les zones forestières, organisant la décapitation d’indépendantistes de l’UPC pour terroriser les populations, orchestrant des exécutions sommaires et des opérations dites de “pacification” qui ont laissé des milliers de morts, révélant un visage de la France gaullienne que l’histoire officielle a longtemps dissimulé mais que les archives, les historiens et les survivants ont désormais établi comme l’un des épisodes les plus sombres de la présence française sur le continent africain.
Il est d’autant plus difficile de comprendre la sévérité lexicale que Thomas Dietrich réserve aux dirigeants africains que jamais, dans ses interventions publiques, il n’a appliqué la moindre virulence comparable aux responsables français impliqués dans des violences d’État d’une gravité extrême sur le continent.
Jacques Chirac, dont la responsabilité politique fut engagée dans le massacre de l’Hôtel Ivoire, où plus de soixante civils ivoiriens furent tués par les forces françaises en novembre 2004 ; Nicolas Sarkozy, dont l’intervention militaire en Libye a provoqué l’effondrement de l’État libyen, l’embrasement du Sahel et la diffusion de groupes armés dans toute la région ; Emmanuel Macron, sous le mandat duquel le bombardement de Bounti a causé la mort de civils réunis pour un mariage, comme l’ont établi les enquêtes internationales menées par les Nations unies : aucun de ces dirigeants n’a jamais été qualifié par Dietrich de “dictateur”, ni même décrit avec la rigueur morale qu’il impose systématiquement aux dirigeants africains.
Cette différence de traitement, cette hiérarchie implicite dans la distribution de l’indignation, cette asymétrie dans l’usage des mots, ne relèvent pas d’un simple choix stylistique : elles reconduisent un schéma historique où l’Occident s’arroge le droit de juger l’Afrique, tandis que l’Afrique serait sommée de se taire sur les crimes de l’Occident, comme si les violences françaises qu’il s’agisse du massacre de l’Hôtel Ivoire, du bombardement de Bounti, ou des interventions militaires meurtrières ne méritaient jamais les qualificatifs infamants que Dietrich distribue sans retenue aux dirigeants africains.
Or, d’un point de vue panafricain, cette situation est intenable. Après des siècles d’esclavage, de colonisation, de pillage, d’extorsion, de génocide culturel, d’effacement et de falsification de l’histoire africaine, ce sont les Africains qui détiennent la légitimité morale d’exiger des comptes de leurs anciens bourreaux, et non l’inverse.
Ce sont les Africains qui ont le droit de juger les ingérences, les interventions ou plutôt agressions militaires, les prédations économiques, les manipulations diplomatiques, les violences politiques, les crimes de sang commis sur leur sol. Ce sont les Africains qui ont le droit de dire ce qui est juste, ce qui est acceptable, ce qui est condamnable.
Ce sont les Africains qui ont le droit de définir leur propre horizon moral, leur propre souveraineté narrative, leur propre dignité politique. Et c’est précisément pour cela que Thomas Dietrich doit balayer devant sa porte.
Parce que l’Afrique n’a pas besoin de sauveurs blancs. Parce que l’Afrique n’a pas besoin de tutelle morale. Parce que l’Afrique n’a pas besoin de juges coloniaux. Parce que l’Afrique n’a pas besoin de récits paternalistes. Elle a besoin de respect, de souveraineté, de justice, de neutralité, de rigueur, de dignité.
Et elle a besoin que ceux qui prétendent l’observer commencent par balayer devant leur propre porte.
Par Goïkoya Kolié, juriste, notre collaborateur depuis Canada









