PROCES DU MASSACRE DU 28 SEPTEMBRE EN GUINEE : Moussa Dadis Camara saura-t-il convaincre ?

0
7832
Guinea's former President Moussa Dadis Camara, who is accused of responsibility for the 2009 massacre and mass rape of pro-democracy protesters by forces linked to a former military junta, talks during his trial in Conakry, Guinea September 28, 2022. REUTERS/Souleymane Camara

Dans le procès du massacre du 28 septembre qui se tient depuis septembre à Conakry, la capitale guinéenne, s’il y a une prise de parole qui était très attendue, c’est celle du chef de la junte militaire au pouvoir au moment des faits, Moussa Dadis Camara. Les Guinéens veulent, en effet, savoir si c’est bien lui qui a lâché la meute de la soldatesque contre les militants de l’opposition rassemblés au stade le 28 septembre 2009 pour un meeting.

C’est donc à cette question que le prévenu qui a comparu devant le tribunal, le 12 décembre 2022, devrait répondre. Mais l’homme qui a toujours clamé son innocence et qui, dans ses déclarations antérieures, appelait, par conséquent, de tous ses vœux la tenue de ce procès pour pouvoir se défouler, pourra-t-il convaincre à l’issue de son audition qui devrait durer plusieurs jours ?

Sans doute, celui qui passe pour être le principal coupable de l’orgie sanglante du 28 septembre 2009 et ses avocats, se sont-ils préparés à relever le défi. En attendant de voir s’ils parviendront à leurs fins, il est permis d’émettre de sérieux doutes.

En effet, toutes les pistes semblent conduire à l’ex-président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). Du simple fait qu’il assurait les fonctions de chef de l’Etat, il est déjà responsable de cette tuerie de masse qui est intervenue sous son magistère. Du reste, c’est ce à quoi avaient abouti les membres de la Commission d’enquête internationale mise sur pied sous l’égide de l’ONU au lendemain de la furieuse descente des bidasses dans le temple du sport guinéen, et qui s’était soldée par la mort d’environ 156 personnes et 109 femmes ou jeunes filles violées voire mutilées.

On peut déjà saluer la forte teneur pédagogique du procès

Pire, Moussa Dadis Camara a été fortement chargé par son aide de camp au moment des faits, Toumba Diakité, qui l’a devancé dans le box des accusés. Et contrairement à certains de ses 12 autres co-accusés qui ont exercé de hautes fonctions politiques et administratives sous le régime de l’ex-président Alpha Condé et qui ont donc eu le temps de tricoter des toiles pour masquer leurs responsabilités, lui, est fortement handicapé par son long exil forcé qui l’a éloigné du pays.

Ce serait donc un miracle si Dadis Camara parvenait à se tirer d’affaire devant le juge. Mais, il faut se garder de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, comme le dit la sagesse populaire. L’homme est, en effet, un tribun et est rodé dans l’art du spectacle. Sans doute mettra-t-il ce talent d’artiste à son avantage et cela est d’autant plus probable que son principal bourreau dans ce procès, Toumba Diakité, s’est imposé comme la vedette du Tribunal. Mais cela suffira-t-il à sauver sa tête ?

L’on peut en douter. Car, certains indices laissent croire que l’homme est victime d’un complot militaro-politique soigneusement planifié. En effet, comment peut-on comprendre que l’ex-président Alpha Condé dont certains militants ont péri au cours de ce massacre, ait tout fait pour retarder sinon empêcher le jugement du dossier ?

Moussa Dadis Camara n’a-t-il pas été poussé à la faute en raison de son intention de se présenter aux élections qui sanctionnaient la fin de la transition et à cause de ses idées sankaristes ? Si tel est le cas, saura-t-on jamais la vérité ? Dans l’attente de cette hypothétique vérité, l’on peut déjà saluer la forte teneur pédagogique du procès.

En voyant l’ex-chef de la junte tremblotant, il y a moins d’une semaine, lors de sa comparution avortée, tous les princes régnants devraient savoir en tirer leçon. Car, on est toujours rattrapé par ses propres turpitudes.

Et cela vaut particulièrement pour l’actuel chef de la junte militaire au pouvoir, Mamady Doumbouya, qui semble avoir fait de la traque des opposants et de la prédation des libertés individuelles et collectives, un mode de gouvernance.

 

 

 

Bf