La francophonie et l’Afrique: un lien viscéral? (Par Goïkoya Kolié, Juriste)

0
342

Une froide observation des relations franco-africaines aboutit à une terrifiante constatation. Ce constat est à l’effet que, la francophonie cultive et facilite le développement de la langue française en Afrique au détriment des langues africaines sur leur propre continent. D’entrée de jeu, une importante précision s’impose. La langue française et la langue anglaise sont un mal nécessaire. L’Afrique gagne à les apprendre à la perfection.

Les échanges internationaux se font majoritairement en Anglais. Parler anglais est un atout au service des intérêts africains. La francophonie de son côté, construit aujourd’hui un espace économique de 270 millions de francophones et se positionne ainsi en mastodonte dans le paysage linguistique mondiale, d’après une publication du journal français le Figaro.fr du 04/10/2017.

L’Afrique célèbre la semaine de la francophonie, langue de la raciste et leader du parti d’extrême droite français Marine le pen ainsi que du négationniste François Fillon. M. Fillon, ancien premier ministre français et candidat malheureux à la dernière élection présidentielle de son pays, n’a pas tarit d’éloge au sujet de la colonisation française en Afrique.

Nonobstant l’extrême cruauté du régime colonial français, dont l’auteur martiniquais René Maran se fait l’écho dans son roman Batouala, l’homme politique français a toujours maintenu ses propos incendiaires. M. Fillon s’est obstinément borné à soutenir que l’occupation française de l’Afrique était un gracieux partage de cultures.

Cette négation des blessure des l’histoire nous force à souligner que la seule culture partagée par le régime colonial français reste: la corruption, le mégalo-népotisme, le despotisme, le franc cfa et l’omniprésence de l’armée française.

Au demeurant, la francophonie et la Commonwealth ressemblent davantage, à de puissantes polices d’assurance, qui assoient la survie et la suprématie des langues européennes sur celles d’Afrique, d’Asie et d’ailleurs.

Du même souffle, il est déplorable de découvrir que la prime d’assurance, c’est-à-dire, le montant de la garantie prévue à ce contrat de dupes, perceptible dans les agissements des régimes français de gauche et de droite n’est autre que malicieuse protection d’intérêts économiques.

La francophonie est une arme de plus, aux mains de la métropole, qui vient s’ajouter à la tristement célèbre francAfrique. Du nom de ce réseau terroriste de l’État français, hostile à la démocratie, au développement et au respect des droits de l’homme. Dans l’espace francophone africain, le soutien aux potentats africains connaît un essor sans précédent. C’est en réalité une francophonie politico-militaire, au service des intérêts de la métropole.

La solidarité francophone rend possible la justification et la revendication d’innommables crimes notamment: l’exfiltration du tueur en série Blaise Compaoré par l’armée française. Ce crime de complicité après le fait est reconnu par le droit criminel de tous les pays du monde.

Par la force de la supercherie, la francophonie autorise de violer allégrement un droit criminel qu’on pourrait qualifier d’universel. Dans l’espace francophone africain, le financement de guerres civile fait légion. C’est le cas de la guerre en Centrafrique, largement documenté par l’ONG britannique Global Witness.

Le génocide rwandais n’a pas fini de détonner. Associations et anciens militaires demandent au président Macron plus de transparence sur le rôle de la France au Rwanda. Il lui est demander de déclassifier les archives nationales françaises sur le rôle du régime français dans le génocide des Tutsi.

Le scoop: «Rwanda-France, un ancien officier français brise l’omerta malgré des menaces émanant de services de l’État,» fait la une de nombreux journaux ces derniers temps.

La francophonie revêt la posture de l’ultime opportunité économique française garantissant la main mise de la France sur son pré-carré africain. La francophonie offre à la France un immense marché. De cet immense marché, les principaux intéressés, c’est-à-dire les Africains, hormis le fait d’être fiers de parler français mieux que les Le pen, ne tirent aucun bénéfice direct et assistent en victimes muettes à la marginalisation de leurs propres langues, sur leurs territoires.

Un article du figaro, paru le 27/11/2016 titrait comme suit:
«Les dessous de la francophonie, une arme au service de la France».
Allant dans le même sens que notre analyse et réflexion, le journal aborde de manière concrète, l’aspect économique de notre réoccupation et cite en exemple, le cas très édifiant de la République Démocratique de Congo.

La RDC est le pays francophone le plus peuplé au monde. Le journal cite une diplomate en poste à Kinshasa, qui va de déclarations plus que déroutantes. La diplomate révèle sous anonymat le véritable visage de la FRANCOPHONIE EN AFRIQUE en ces termes:

«La francophonie est une des préoccupation principale de la France au Congo Kinshasa, c’est une certitude. Mais avant d’imposer le français à tous les congolais, nous devons faire en sorte que la langue des affaires reste le français…

Celui qui met la main sur le Congo Kinshasa, et cela passe par la domination linguistique, aura gagné un marché incommensurable…La rédaction des contrats en français est donc une bataille de tous les instants pour la chancellerie française. Mais la France ne défend jamais la francophonie directement. Nous ne sommes pas dans une francophonie offensive en RDC, mais plutôt dans la défense de nos acquis parce que nous n’avons pas les moyens d’être agressif».

L’article tend à démontrer avec cette déclaration, que la francophonie reste ce qu’elle n’est pas et refuse d’être ce qu’elle est. L’objectif n’a jamais été une culture et une langue commune. Une communauté de destin mue par la solidarité et l’assistance mutuelle. La francophonie est avant tout un lucratif marché, au sujet duquel la France ne ménagerait aucun effort pour écarter des concurrents comme la Chine et l’Angleterre.

Cela va jusqu’au soutien à la dictature sur le continent, à la complicité de génocide comme au Rwanda, sans oublier le rôle trouble joué par la France dans la crise ivoirienne.
Comment expliquer l’hégémonie d’un pays sur tout un continent, nonobstant ses difficultés de trésorerie avouées sans ambages? Nous soupçonnons un habile machiavélique lavage de cerveaux.

Agissant comme des peuples collectivement dénoués de toutes intelligence, les Africains se laissent berner par d’indicibles idioties. Il leur a été inculqué, que pour assurer la paix et la cohésion sociales des nations tracées par Berlin 1885, ils doivent mettre les langues européennes au dessus des leurs. Des intellectuels ou soi-disant intellectuels Africains se font porte voix de cette aberration.

La définition européenne du mot NATION est obsolète, archaïque et dépassée. Appliquée à l’Afrique, elle renforce les divisions ethniques qui ont maintenue le continent dans la dépendance Économique, culturelle vis à vis de l’Europe. Le normal en France et en Europe peut s’avérer lamentablement pathogène en Afrique.

C’est le cas de tout ce qui porte sur la notion de Nation et de ses variantes que sont entre autre, une langue commune sur un territoire donné. La définition européenne ne tient pas compte de la spécificité africaine. L’Afrique est multiculturelle et plurilingue. Elle ne cadre pas dans un confinement définitionnel, voulant qu’une nation se limite à un peuple sur territoire, avec la volonté de vivre ensemble et parlant une seule langue.

Insistant comme d’habitude sur l’éventuelle aptitude du continent à se réinventer, nous invitons le continent noir à redéfinir le mot nation, en tenant compte de sa propre nature, de ses réalités et de ses intérêts. Ce qui revient à dire, que dans cette évolution qu’impose notre spécificité, une NATION se définirait comme suit:

«Un groupe d’humains, d’origines, de langues et de cultures diverses, caractérisé par la conscience de son unité et de sa volonté de vivre ensemble sur un territoire, sous la conduite d’une autorité souveraine».

Cette définition largement inclusive milite vers l’inscription dans nos lois fondamentales ou constitutions, que nos langues nationales sont des langues officielles. Cela implique que chaque Africain puisse s’adresser à son gouvernement et aux institutions gouvernementales, dans la langue nationale de son choix.

Cela implique aussi, que le gouvernement se donne les moyens à travers le recrutement de personnel qualifié, pour répondre aux besoins de ses citoyens dans leurs langues. Cela milite également vers l’obligation constitutionnelle des nos chefs d’État, à s’adresser à leurs concitoyens, dans au moins une des langues du pays.

Cette ambition exige tout aussi de chaque pays, qu’il prenne les moyens nécessaires pour enseigner dans les écoles, du primaire à l’Université au moins une de nos langues nationales, aux côtés de la langue étrangère déjà enseignée.

Il exige du leadership gouvernemental, un transfère progressif de la rédaction des contrats signés en Afrique, dans au moins une des langues du pays. La langue étant un enjeu économique primordial, à en croire la diplomation interviewée par le Figaro, elle requiert des Africains, une migration à son terme vers l’emploie de nos langues sur le continent dans toutes les sphère de nos vies y compris dans nos partenariat avec le reste du monde.

L’ambition impose la lourde responsabilité aux dirigeants Africains, de s’exprimer en langues nationales, sur le sol africain, à l’endroit de tous les visiteurs et partenaires.

Le redondant mensonge officiel sur les véritables intentions inavouées de cette institution suscite une position dubitative quant au supposé viscéral lien entre les africains et la langue française. Lorsque le président français affirme à Ouagadougou en Novembre 2017, que: «le français sera la première langue de l’Afrique et peut-être du monde», il fait un pari sur le dynamisme de la démographie du continent et c’est précisément là que le bas blesse.

M. Macron, en bon économiste, capitalise sur l’apport de l’Afrique à l’hégémonie de son pays dans le monde. Et ce, sans payer encore une fois le juste prix. Par ces quelques lignes, nous ne cesserons de rabâcher cette invitons faite à l’Afrique, celle d’un éveil de conscience, afin d’être à mesure de tirer profit de l’atout financier que la francophonie représente pour les autres.

La francophonie étant lucrative, grâce à la démographie de l’Afrique, celle-ci DOIT requérir du principal bénéficiaire, une rétribution des gains accumulés. Elle doit en plus obtenir de la France, une compensation financière annuelle, d’un montant à négocier, pour chaque africain parlant la langue française en Afrique au détriment de sa propre langue.

Les propositions de M. Macron participent de cette sinistre farce supplémentaire, destinées à endormir les consciences. Il n’y a plus de tabous sur les véritables motivations derrière la francophonie. Elles ne peuvent plus être enveloppées dans de fétides discours d’intentions d’aide, ni d’assistance.

Le président français est dans son élément, dans son rôle, dans son paternalisme et dans sa condescendance, au service des intérêts de son pays, face à une Afrique manifestement inconsciente de sa puissance, dont la léthargie n’a que trop durée. M. Macron y va de propositions, qu’il prétend conçues, en tenant compte des besoins de ses partenaires Africains.

Il y apparaît Prima facie, que le président français n’a pas dérogé d’un iota à la tradition établie par ses prédécesseurs. Il préconise une francophonie à sens unique, comme d’habitude, dans un linceul rebaptisé plurilinguisme. À ce propos, les francophone d’Afrique, d’Haïti, du reste des caraïbes sont conviés chez eux, à un festin à l’année longue, qui a et aura toujours pour unique menu, la langue français.

En clair, les francophones du monde devront vivre et mourir en français. Aucune concession dans les propositions de M. Macron ne fait allusion à la possibilité pour les populations françaises de l’hexagone, d’apprendre les langues des pays conquis, et qui sont encore sous domination de leur pays en 2018.

Aucune des propositions ne suggère l’éventualité de valoriser les langues africaines et créoles des caraïbes en France. Il n’est prévu nulle part, dans le génie des 33 commandements, qu’un francophone d’Afrique ou des Caraïbes puisse s’adresser, dans ce merveilleux monde francophone et solidaire, à l’administration français en France dans sa langue maternelle.

Le président français n’a par ailleurs manifesté aucun intérêt à apprendre au moins une des nombreuses langues de ses obligés. Tout porte à croire que les francophones d’Afrique devront fournir l’effort de parler la langue de Marine le pen sans contrepartie substantielle.
Dans le subconscient du président français, les Africains présentent toujours le profil de grands enfants qu’il convient de tenir par la main.

Pour sa part, l’Afrique francophone est majoritairement dirigée par de fidèles francophiles, triés sur le volet par la France pour jouer le rôle ingrat de superviseur des intérêts du maître. Cette triste réalité concourt à l’explication du profond sommeil dans lequel le continent est plongé. Elle explique pourquoi l’Afrique ne pense jamais de son propre chef pour panser ses blessures.

Force est de conclure que les européens et les ressortissants de leurs anciennes colonies ont mutuellement besoin les uns des autres. D’où la nécessité de parler les langues européennes, sans détruire celles d’Afrique, en contrepartie d’une renégociation de la prime d’assurance pour plus de prospérité sur le continent noir.

Ce rôle est dorénavant dévolu aux nouvelles générations qui bouillonnent sur le continent. Ces jeunes ne se satisferont point de perfides promesses de concevoir des dictionnaires dans leurs langues maternelles. Vous voilà averti M. Macron.

Par Goïkoya Kolié, Juriste

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here