Dans une sortie publique très remarquée ce mardi, le Grand imam de la Mosquée Fayçal de Conakry, Elhadj Mamadou Saliou Camara, a pris la parole devant la presse pour réclamer la libération de l’activiste et enseignant Bella Bah, interpellé quelques jours plus tôt dans l’enceinte de son établissement scolaire, en haute banlieue de la capitale.
Devant les journalistes, le dignitaire religieux a annoncé qu’il pardonnait à l’activiste les critiques que ce dernier avait formulées à son encontre sur les réseaux sociaux.
Revendiquant son âge et son statut de guide spirituel, l’imam a tenu à replacer l’affaire sur le terrain de la filiation morale plutôt que sur celui du contentieux personnel :
« Celui qui a tenu ces propos est mon fils. J’ai plus de 70 ans aujourd’hui, donc c’est mon fils. Je suis un responsable religieux ; même sans tenir compte de l’âge, cela fait de moi un père pour lui, » introduit-il.
Il a ensuite formulé un appel direct au pouvoir guinéen, plaidant pour la clémence des autorités : « Je pardonne ces propos et je demande pardon au gouvernement afin qu’il le relâche. Je plaide auprès des autorités pour qu’elles pardonnent à mon fils, Bella Bah. »
L’origine de cette affaire remonte à une publication de Bella Bah sur sa page Facebook, dans laquelle l’enseignant s’en prenait vivement à l’imam de Fayçal. Ce message faisait suite à une déclaration du dignitaire religieux assurant que la Guinée ne connaîtrait aucun trouble majeur. Face aux réactions suscitées par sa sortie, l’activiste avait par la suite annoncé le retrait de sa publication, précisant l’avoir fait à la demande de personnes qu’il dit respecter.
Quelques heures seulement après cette publication, dans la soirée du samedi 8 août, des hommes présentés comme membres de la gendarmerie nationale, certains cagoulés selon des témoins, se sont présentés dans l’établissement scolaire de Bella Bah et l’ont interpellé. La scène, filmée par des témoins, a rapidement circulé sur les réseaux sociaux et suscité une vague de réactions à travers le pays.
Depuis cette interpellation, l’épouse de l’activiste, Ami Bah, dit être sans nouvelles de son mari. Sur les réseaux sociaux, elle a fait part de son inquiétude, évoquant un enlèvement plutôt qu’une arrestation en bonne et due forme, et a sollicité l’intervention du procureur pour connaître le lieu de détention de son époux.
À ce stade, aucune autorité guinéenne n’a officiellement reconnu avoir interpellé Bella Bah, ni communiqué sur son lieu de détention, ni précisé les motifs juridiques ou les éventuelles charges retenues contre lui. Ce silence alimente les interrogations, notamment au sein de la société civile : le mouvement citoyen Tournons La Page-Guinée a dénoncé les conditions de l’interpellation, y voyant une atteinte grave à l’État de droit.
Connu pour ses positions critiques envers le pouvoir, Bella Bah s’exprime régulièrement sur les questions politiques et sociales du pays.
Son interpellation s’inscrit, selon plusieurs organisations de défense des droits humains, dans un climat de fortes tensions autour du sort réservé aux militants et figures de la société civile en Guinée.
Le Premier imam de Fayçal ne s’est pas arrêté à son geste de clémence. Sur un ton résolument ferme, il a tenu à couper court à toute tentative de lecture ethnique de l’affaire, refusant catégoriquement que les attaques dont il a fait l’objet soient interprétées à travers ce prisme. Il a rappelé que Bella Bah ne s’en était pas pris qu’à lui seul, mais s’était également attaqué à d’autres personnalités publiques, sans que cela n’ait jamais été rattaché à une quelconque appartenance communautaire :
« Il avait attaqué Alseny Barry, il avait attaqué aussi le Premier ministre Amadou Oury Bah… Alors, ne donnez aucune interprétation ethnique à ce problème. »
Par cette sortie sans détour, le dignitaire religieux a clairement voulu désamorcer toute instrumentalisation communautaire du dossier, avertissant que le comportement de l’activiste relevait d’une constante dans ses prises de position publiques, dirigées contre plusieurs figures de l’État sans distinction d’origine.
Sékou Sylla









