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Guinée : d’un Premier ministre à l’autre, le même refrain des « lendemains difficiles »

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L’histoire politique guinéenne semble parfois se répéter à l’identique, y compris dans les mots employés par ses dirigeants. Cinq ans après Ibrahima Kassory Fofana, c’est au tour du Premier ministre Bah Oury de préparer les Guinéens à une période d’efforts et de sacrifices, ravivant un exercice de communication devenu presque rituel à la Primature.

Lors de la présentation du portefeuille de programmes et de projets de réforme du ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, le chef du gouvernement a livré un discours sans détour sur les années à venir. « Nous avons un tournant très important. Si je dis que ces trois années à venir seront facile, je vous aurai menti. Il faudra beaucoup d’efforts. Il faudra de la résilience. Il faudra un sentiment de sacrifice pour que nous sortions de ce qui nous plombe », a-t-il déclaré.

Pour le Premier ministre, aucune nation ne s’est développée dans la facilité : « La facilité ne construit absolument rien du tout. Et toutes les nations qui se sont construites l’ont été parce que d’autres ont porté le sacrifice pour que par la suite les générations suivantes puissent vivre mieux. »

Illustrant son propos, il a pointé du doigt le manque de dynamisme observé dans les campagnes guinéennes pendant la saison des pluies : « Regardez nos campagnes pendant la pluie. Il n’y a pas d’activité. Vous ne voyez pas les gens. Ailleurs, prenez les corridors, les routes, il y a des champs partout. »

Il a également rappelé une anecdote attribuée à Fidel Castro, confiée selon lui au président Sékou Touré lors d’une tournée à travers le pays : « Il avait dit que la Guinée ne devrait pas du tout tendre la main pour se nourrir. Ils ont fait des centaines de kilomètres et ils n’ont pas vu travailler. »

Le dossier du Simandou n’a pas été épargné par cette critique. Le Premier ministre s’est interrogé sur la faible présence de main-d’œuvre guinéenne sur certains sites du méga-projet minier : « Certes, il y a des guinéens mais la plupart viennent d’ailleurs. Pourquoi nos compatriotes ne vont pas là où se trouve le travail ? »

Il a conclu par une référence biblique : « Tu mangeras à la sueur de ton front. Ce n’est pas moi qui l’ai dit, ça fait partie des dix commandements. »

Cette rhétorique de l’effort et du sacrifice n’est pas sans rappeler un précédent marquant dans l’histoire récente du pays. En avril 2021, le Premier ministre d’alors, Ibrahima Kassory Fofana, avait lui aussi choisi la franchise devant les députés de l’Assemblée nationale, prévenant que l’année qui s’annonçait ne serait pas une année facile pour les Guinéens, une formule solidement documentée dans son discours de politique générale du 7 avril 2021.

Une autre expression a circulé à l’époque dans l’opinion publique et certains cercles médiatiques guinéens pour résumer l’esprit de cet avertissement : « attachez les ceintures ». Cette formule est régulièrement associée aux propos d’Alpha Condé et de son Premier ministre en 2021.

D’un locataire de la Primature à l’autre, le constat reste frappant : à cinq ans d’écart, deux chefs de gouvernement guinéens, dans des contextes politiques pourtant très différents, ont jugé nécessaire de préparer l’opinion publique à des lendemains austères plutôt que de céder à la tentation du discours rassurant.

Marc Fofana

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