Accueil POLITIQUE Kassory Fofana face à la CRIEF : quand la maladie ne suspend... Une scène inhabituelle s’est déroulée ce lundi dans les couloirs de la Clinique Pasteur de Conakry. La Chambre des appels de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) a quitté son prétoire habituel pour se transporter au chevet d’Ibrahima Kassory Fofana, ancien Premier ministre toujours hospitalisé, afin de poursuivre son audition interrompue depuis le 11 mai dernier.
C’est donc dans un cadre médical inédit que le juge Daye Mara et le procureur spécial Alphonse Charles Wright ont conduit les débats, accompagnés de leurs équipes respectives. Cette démarche exceptionnelle fait suite à une suspension d’audience accordée à la demande de la défense, qui réclamait la communication complète des pièces du dossier.
La question des documents a dominé les échanges de la journée. Maître Baben Camara, représentant la partie civile, a reconnu les dysfonctionnements dans la transmission des pièces entre les parties, tout en maintenant que l’état de santé de l’ancien chef du gouvernement ne constituait pas un obstacle à sa comparution. Selon lui, la démarche de la cour était non seulement légitime mais indispensable pour permettre au prévenu de répondre des faits qui lui sont reprochés. Sur la question de l’évacuation sanitaire réclamée par la défense, la partie civile a été catégorique : cette charge financière n’incombe pas à l’État.
Du côté de la défense, le ton était tout autre. Maître Sidiki Bérété a salué l’initiative de la cour tout en dénonçant avec véhémence l’introduction en appel de nouveaux documents — des rapports d’audit qui n’auraient jamais fait l’objet de débats contradictoires en première instance. Il les a qualifiés de pièces fabriquées destinées, selon lui, à alourdir artificiellement un dossier qu’il juge creux. L’avocat a par ailleurs plaidé avec insistance pour l’évacuation médicale urgente de son client, avertissant que tout retard supplémentaire pourrait lui être fatal.
Ibrahima Kassory Fofana est poursuivi pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. En première instance, le tribunal l’avait condamné le 27 février 2025 à cinq ans d’emprisonnement ferme, assortis d’une amende de deux milliards de francs guinéens et d’une obligation de restituer quinze milliards prétendument détournés, ainsi que trois milliards au titre des dommages et intérêts.
Sa défense conteste point par point ces accusations, faisant valoir que treize milliards ont déjà été reversés au Trésor public et que le solde a servi à financer des opérations d’assainissement urbain. Maître Bérété n’a pas hésité à qualifier l’ensemble de la procédure de procès à caractère politique.
Les documents litigieux ayant finalement été remis à la défense à l’issue de l’audience, la prochaine session publique est d’ores et déjà programmée au 11 juin 2026.
Sékou Sylla