« Doumbouya président élu ne sera pas celui de la transition » : les révélations de Moussa Baldé

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Moussa Baldé, président du parti La République émergente et moderne (REM), a accordé cette semaine une interview exclusive à notre rédaction. Au cours de cet entretien, l’homme politique a largement exposé son point de vue sur plusieurs actualités qui défrayent la chronique dans la cité, notamment les enjeux de la présidentielle du 28 décembre prochain, le mégaprojet Simandou 2040 et ses ambitions au lendemain de ladite élection nationale.

Leverficateur.net : Pouvez-vous nous parler de vos premiers pas sur l’échiquier politique guinéen ?

Moussa Baldé : Je suis membre fondateur de cette formation politique. Nous avons commencé à exister vers la fin de l’année 2016, puis nous avons progressivement officialisé nos activités à partir de 2017. En 2018, nous avons participé à notre première élection, les communales de Ratoma, où nous étions candidats pour la mairie. Depuis, le parti a mûri, grandi et poursuivi son engagement.

En 2020, nous avons pris part à l’élection présidentielle en intégrant l’alliance ANAD, en soutien au candidat Mamadou Cellou Dalein Diallo, parce que nous étions opposés au troisième mandat d’Alpha Condé. Nous avons milité au sein de l’ANAD pendant cinq ans. Mais au terme de ce parcours, et en raison notamment de divergences sur la participation aux élections de 2025, nous avons décidé de quitter l’alliance. La séparation s’est faite dans une très bonne entente.

En octobre, lors de l’assemblée générale des leaders de l’ANAD, nous avons exprimé notre volonté de participer à la présidentielle. Ce point de vue n’étant pas partagé par la majorité des leaders, nous avons officiellement quitté l’alliance pour préparer notre candidature. Nous avons voulu nous présenter comme candidat indépendant, mais cela n’a pas été possible en raison du verrou institutionnel lié aux parrainages, que nous n’avons pas pu obtenir. Nous avons alors poursuivi nos discussions et, finalement, intégré une coalition électorale qui soutient la candidature de Mamadi Doumbouya à la présidentielle de décembre prochain.

Pourquoi avoir rejoint la coalition qui soutient Mamadi Doumbouya ?

C’est une question pertinente. Nous avons eu beaucoup de critiques à l’égard du CNRD durant la transition, mais nous avons estimé qu’après cette période, une nouvelle ère s’ouvrait. La charte de la transition ne s’applique plus, et une nouvelle Constitution a été validée par le peuple lors du référendum. Tous les candidats avaient donc la possibilité de se présenter librement.

En observant le profil des candidats retenus, nous avons considéré que l’expérience de Mamadi Doumbouya, notamment en matière sécuritaire et géopolitique, pouvait être utile dans le contexte actuel. Pendant la transition, malgré les difficultés, la paix et la stabilité ont été globalement préservées. Comparé à la période de fin de régime d’Alpha Condé, il était devenu plus facile de circuler, de travailler et d’entreprendre.

Nos échanges avec l’équipe du candidat ont été francs. Ils nous ont affirmé que le Mamadi Doumbouya président ne serait pas le même que le Mamadi Doumbouya de la transition. Nous n’avons pas signé un soutien aveugle : nous avons posé des conditions claires.

Parmi ces conditions :

– le rétablissement de la confiance entre les citoyens et l’État ;

– la lutte efficace et visible contre la corruption, avec un organe indépendant ;

– le renforcement de la sécurité et la lutte contre le banditisme ;

– une réforme de l’éducation axée sur les résultats et l’adéquation formation-emploi.

Notre soutien est donc un partenariat politique basé sur les compétences, la responsabilité et l’engagement pour le changement.

Quelles sont vos ambitions après cette élection ?

Nos ambitions sont multiples. S’engager en politique, c’est vouloir changer une situation qui ne correspond pas à notre vision. La précarité en Guinée est visible et les populations attendent un changement concret, notamment par la création d’emplois. Pour cela, il faut d’abord une décrispation du climat politique. Les partis doivent pouvoir se réunir, proposer, mobiliser leurs militants en toute liberté.

Il faut également que les jeunes puissent occuper leur place dans la gestion publique, que ce soit au niveau gouvernemental, préfectoral ou communal. Notre objectif est aussi de participer pleinement aux prochaines échéances : législatives, régionales, sénatoriales et communales. Nous voulons que la jeunesse, qui constitue la majorité de nos formations politiques, devienne actrice du changement social, économique et politique.

Quel est votre regard sur le mégaprojet Simandou ?

C’est un projet dont nous entendons beaucoup parler. Je n’ai pas encore eu accès au contrat en détail, mais il s’agit clairement d’un projet gigantesque, estimé à près de 20 milliards de dollars. Un tel investissement ouvre des perspectives considérables : création d’emplois directs et indirects, dynamisation de l’économie et attractivité du pays.

Cependant, il y a des précautions essentielles :

– l’implication de la Guinée dans les décisions ;

– la participation de la jeunesse ;

– la transparence ;

– et la préservation de l’environnement.

Un projet de cette ampleur peut entraîner d’importants impacts environnementaux. Il faut donc veiller à ce que les garde-fous soient solides. Mais s’il est bien géré, le Simandou peut réduire le chômage et limiter l’exode massif des jeunes. Aujourd’hui, la migration clandestine touche de plein fouet la Guinée, un pays de moins de 15 millions d’habitants, mais qui fournit l’un des plus grands nombres de jeunes migrants irréguliers en Europe. C’est alarmant. Si le projet est bien piloté, il peut contribuer à inverser cette tendance.

Votre mot de fin ?

Je remercie votre média de m’avoir donné l’occasion de m’adresser aux Guinéens. Mon dernier message est un appel à la vérité, au pardon et à la cohésion. Un pays ne se construit ni dans la haine, ni dans la méfiance, ni dans l’ethnicisme. La Guinée a connu des périodes difficiles, mais nous devons nous regarder en face et décider d’avancer ensemble.

Après 65 ans d’existence, il est temps de rompre avec les divisions et de bâtir une nation moderne, juste et inclusive. Il faut que la justice redevienne le socle de la République, que chaque citoyen se sente en sécurité, que l’éducation forme réellement à l’emploi, et que nos enfants ne nous reprochent pas demain d’avoir échoué à construire la Guinée qu’ils méritent.

Interview réalisée par Léon Kolié