Accueil CULTURE Kiridi Bangoura au cœur du scandale Zenab Nabaya, selon les révélations de...
Dans son livre « Le coup d’État contre Alpha Condé », que nous avons reçu en version numérique, l’ancien ministre guinéen Tibou Kamara lève le voile sur l’une des affaires les plus retentissantes du régime Condé : le dossier Zenab Nabaya Dramé, accusée en 2020 d’avoir détourné près de 200 milliards de francs guinéens.
Zenab Nabaya Dramé incarne le symbole du renouvellement générationnel voulu par le président Alpha Condé. Issue du programme des « 518 » cette cohorte de jeunes cadres formés pour moderniser l’administration guinéenne , elle gravit rapidement les échelons du pouvoir. En mars 2020, lors d’un remaniement technique, elle est nommée ministre de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l’Emploi.
« C’est une fervente militante de la première heure« , confiait le président Condé à Tibou Kamara. « Elle m’est d’un grand secours« , ajoutait-il avec gratitude.
Quelques mois plus tard, nouvelle consécration : Alpha Condé la désigne directrice de campagne adjointe pour l’élection présidentielle d’octobre 2020, aux côtés du Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana. Un choix stratégique destiné à séduire l’électorat jeune et féminin, mais qui attise les ressentiments au sein de la majorité présidentielle.
Selon les révélations de Tibou Kamara dans son ouvrage préfacé par l’ancien ministre malien Hamed Diané Semaga, l’origine du conflit remonte à un différend avec Kiridi Bangoura, ministre d’État et secrétaire général à la Présidence. Ce dernier aurait mal accepté que Zenab Nabaya refuse de nommer son protégé, Seydouba Bangoura, au poste de directeur adjoint de l’Agence guinéenne pour l’emploi (AGUIPE).
« Je lui avais conseillé de se référer au Président avant d’accéder à toute demande », explique Tibou Kamara, qui était alors ministre de l’Industrie et des PME. « Elle n’avait d’obligation envers personne. »
La ministre choisit finalement Hassimiou Souaré, un jeune entrepreneur de presse, avec l’aval du président Condé. Une décision qui aurait provoqué des menaces à peine voilées de la part de Kiridi Bangoura, selon l’auteur.
L’ancien ministre décrit un engrenage implacable. Mohamed Alkhali Chérif, chef de cabinet au ministère et ancien fidèle de Kiridi Bangoura depuis l’époque du président Lansana Conté, aurait été chargé avec le chef comptable de rédiger un rapport compromettant sur la gestion de Zenab Nabaya.
Ce document, transmis confidentiellement au directeur de cabinet de la Présidence puis au professeur Condé, pointait des irrégularités présumées dans l’organisation des examens nationaux et accusait la ministre d’avoir majoré les montants alloués à ces épreuves.
« Les auteurs du rapport furent reçus par le Président selon un scénario prévu, entrés par une porte dérobée réservée aux visiteurs que le chef de l’État souhaitait soustraire aux regards indiscrets« , révèle Tibou Kamara.
En novembre 2020, une commission de lutte contre la corruption rattachée à la présidence épingle officiellement la gestion financière de Zenab Nabaya Dramé. Les accusations sont graves : près de 28 milliards de francs guinéens non justifiés durant son mandat ministériel entre 2014 et 2018, plus de 100 milliards de déficit datant d’un précédent poste de directrice administrative et financière.
La commission l’accuse également d’avoir détourné des fonds destinés à l’achat d’équipements scolaires et une aide financière de l’Agence française de développement (AFD) destinée à la lutte contre la Covid-19. Au total, le montant présumé des détournements atteindrait près de 50 millions de dollars (environ 200 milliards de francs guinéens).
Pour Tibou Kamara, cette chute spectaculaire était prévisible.
« En si peu de temps, ministre, directrice de campagne adjointe du Président candidat à sa propre succession, elle accumule les succès. Ce sera vu d’un mauvais œil, parce qu’on ne supporte pas en notre sein, dans notre pays, les success story. Ils vont chercher à l’abattre par tous les moyens », avait-il prévenu Ismael Dioubaté, ministre du Budget et ami commun.
L’ancien ministre dénonce un système où les nominations aux postes clés dépendaient souvent de parrainages occultes : « On nommait qui l’on voulait, et l’on s’opposait à quiconque n’avait pas été préalablement adoubé par les barons du pouvoir. »
Dans son livre de 312 pages intitulé « Le coup d’État contre Alpha Condé La tragédie du pouvoir, la comédie des hommes« , Tibou Kamara brosse un portrait sans concession des luttes de pouvoir et des règlements de compte qui ont marqué les derniers mois du régime d’Alpha Condé, renversé par un coup d’État militaire le 5 septembre 2021.
L’affaire Zenab Nabaya y apparaît comme l’illustration tragique d’un système politique rongé par les rivalités internes, où l’ascension rapide d’une jeune femme compétente a fini par se heurter aux intérêts établis et aux jalousies du sérail.
Le livre « Le coup d’État contre Alpha Condé » de Tibou Kamara est disponible en librairie. L’épisode Zenab Nabaya fait l’objet du chapitre IX de l’ouvrage.
La rédaction