Accueil POLITIQUE Abidjan : Quand les premières dames enterrent la hache de guerre sur... Regardez ces sourires. Regardez ces mains tendues, ces étoffes chatoyantes et ces regards complices dans les salons feutrés de la République. Les iimags sont bbelles, presque irréelles : Dominique Ouattara reçoit Simone Ehivet Gbagbo et l’appelle publiquement « ma sœur ». Mais derrière l’éclat de ces retrouvailles et la noblesse apparente de la « réconciliation », une vérité glaçante se dessine.

Ah, la politique… Ce grand théâtre d’ombres où les bourreaux d’hier deviennent les convives d’aujourd’hui, tandis que le peuple, lui, reste éternellement prisonnier de son deuil et de ses tombes.
Pour comprendre le pathétique de cette image, il faut plonger les yeux dans le sang de notre histoire récente. Nous sommes en 2010. Deux hommes se disputent le fauteuil présidentiel : Alassane Dramane Ouattara (ADO) et Laurent Gbagbo.
Le pays est alors suspendu aux lèvres d’une commission électorale fracturée, chaque camp revendiquant une victoire absolue. Ce qui n’aurait dû être qu’un arbitrage démocratique s’est transformé en un affrontement sauvage et ensanglanté.
Les causes ? Une crise identitaire profonde exacerbée par le concept d’ivoirité, des institutions manipulées, la soif inextinguible du pouvoir et le refus obstiné de céder sa place.
Pour ces ambitions démesurées, la Côte d’Ivoire a sombré dans l’abîme d’une guerre civile. Plus de quatre mille vies fauchées. Des pères disparus, des enfants traumatisés, des fosses communes creusées à la hâte dans la terre rouge d’Éburnie par des anonymes qui croyaient mourir pour une cause sacrée.
C’est face à ce gâchis mémoriel que résonne avec une force tragique la célèbre citation de Paul Valéry : «La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. »
Quelle vérité déchirante !
Pendant que les jeunes des quartiers populaires prenaient les armes et tombaient sous les balles pour défendre les noms de Gbagbo ou de Ouattara, les leaders, eux, restaient protégés dans leurs forteresses.
Et aujourd’hui, le rideau tombe sur la pièce de théâtre. Les épouses de ces deux anciens ennemis jurés, celles-là mêmes qui incarnaient les lignes de front idéologiques et émotionnelles du conflit, se retrouvent. Elles se serrent la main, s’embrassent et s’appellent désormais « ma sœur » devant les caméras du monde entier. Elles avancent, elles pardonnent… entre elles. Car dans ce jeu de dupes, les élites ne meurent jamais.
Quelle immense tristesse pour le citoyen lambda. Le sang versé n’était donc qu’une vulgaire monnaie d’échange dans leurs calculs de pouvoir. Les morts ne reviendront pas.
Les veuves pleureront toujours dans la misère des cours communes, tandis que les reines de l’échiquier politique partagent le thé et les éclats de rire, unies par un statut que le sang du peuple a préservé.
La politique en Afrique reste ce monstre froid qui pousse les frères à s’entretuer pour des maîtres qui, une décennie plus tard, riront ensemble du passé.
Sory Sylla