Accueil POLITIQUE Condamnation de Mohamed Lamine Bangoura : fin de quatre ans de procédure...

Condamnation de Mohamed Lamine Bangoura : fin de quatre ans de procédure devant la CRIEF

0
3

La condamnation de Mohamed Lamine Bangoura fait l’effet d’un coup de tonnerre. Mercredi 21 octobre 2026, la CRIEF a frappé l’ancien président de la Cour constitutionnelle. Sept ans de prison. Une amende. Ses biens confisqués. Le verdict clôt près de quatre ans de procédure.

La chambre de jugement, présidée par Alpha Camara, a tranché point par point. L’ancien magistrat est reconnu coupable d’enrichissement illicite, de corruption, de détournement de deniers publics et de blanchiment de capitaux. Mais la Cour l’a relaxé du chef de faux et usage de faux.

La sanction est lourde. Outre la prison, il écope de 2 milliards de francs guinéens d’amende et de cinq ans d’inéligibilité. Ses biens en Guinée et au Sénégal reviendront à l’État.

Le parquet, lui, voulait frapper plus fort. Il avait réclamé dix ans de prison ferme et 50 milliards de francs guinéens d’amende. Les juges ont donc allégé la note.

Le dossier ne vise pas un seul homme. Amadou Diallo, Sidiki Sylla et Rouguiatou Barry sont aussi poursuivis. Tous trois sont en fuite.

La Cour les a condamnés par défaut à dix ans de prison. Des mandats d’arrêt pèsent sur eux. Seul Mohamed Lamine Bangoura a donc fait face aux juges.

Tout part de la subvention annuelle de la Cour constitutionnelle. Elle est évaluée à 20 milliards de francs guinéens. L’accusation y voit des fonds publics détournés.

Les débats ont vite pris une tournure patrimoniale. D’où viennent les biens du prévenu ? Les parties civiles ont pointé ses propriétés en Guinée et à l’étranger. La Cour devait vérifier si salaires et indemnités pouvaient tout expliquer.

L’ancien président a tout contesté. Il a décrit une gestion verrouillée. Selon lui, 11 milliards partaient directement dans le loyer du siège. La Cour ne recevait en réalité qu’une subvention trimestrielle de 1,2 milliard. Un comité de trésorerie, a-t-il ajouté, surveillait les dépenses.

Ses avocats ont misé sur le bon sens. Un détournement d’une telle ampleur, ont-ils plaidé, n’aurait pas échappé aux regards.

Face à eux, un ancien greffier de la Cour, Lancinet Kanko Kourouma, partie civile. Il a reproché au prévenu de n’avoir produit aucun justificatif sur l’usage des fonds. Le prévenu a rejeté ces reproches.

Pour y voir clair, la Cour a sollicité la Banque centrale. Elle a exigé les relevés de compte de l’institution, d’octobre 2018 à septembre 2022.

L’affaire démarre en 2022. Le ministre de la Justice d’alors, Charles Wright, ordonne des poursuites. Les soupçons portent sur la corruption, le détournement, l’enrichissement illicite, le faux en écriture et le parjure.

Le 15 décembre 2022, Mohamed Lamine Bangoura est placé sous mandat de dépôt. Il n’a plus quitté la maison centrale de Conakry. Sa détention a nourri le débat. Des voix ont réclamé sa libération au nom de la présomption d’innocence.

Le procès s’est ouvert en 2026. Les débats se sont refermés le 10 juin. Puis le délibéré a été repoussé encore et encore. Le 27 juin, le 27 juillet, le 14 octobre. Enfin, le 21 octobre.

Le nom de Bangoura rappelle des heures tendues. À la tête de la Cour, il a validé le projet de nouvelle Constitution après le référendum de mars 2020, puis la candidature d’Alpha Condé à un troisième mandat en octobre 2020. Ces décisions avaient provoqué une forte polémique.

Ce jugement envoie un signal. Même les hautes institutions doivent rendre des comptes. La gestion des fonds publics ne connaît pas d’exception.

Une question demeure. Les trois coaccusés en fuite finiront-ils devant la justice ? Tout dépendra de l’exécution des mandats d’arrêt.

Avant la clôture des débats, l’ancien magistrat avait choisi la retenue. Une seule phrase : « Je m’en remets au jugement de Dieu. »

Sékou Sylla 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici