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KADIATOU DOUMBOUYA KANTÉ : « ILS ONT RÉUSSI À LE CONVAINCRE DE ME FAIRE QUITTER NON SEULEMENT L’ENTREPRISE, MAIS AUSSI LA GUINÉE »

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Vie conjugale, mise à l’écart professionnelle, divergences de gestion et avenir d’AGB2A-GIC : Mme Kadiatou Doumbouya Kanté expose sa démarche. Elle souhaite contribuer à éclairer les institutions, défendre les intérêts de sa famille et participer à la recherche de solutions pour l’entreprise qu’elle a cofondée.

Ancienne élève du complexe scolaire Sainte-Marie, puis diplômée en sciences politiques de l’Université libre de Berlin, Mme Kadiatou Doumbouya Kanté présente un parcours ouvert sur le monde. Polyglotte, elle indique maîtriser l’allemand, le français, l’anglais, le russe, le polonais, l’ukrainien, l’espagnol, le soussou, le malinké et le poular.

Dans cet entretien, elle livre sa lecture des difficultés professionnelles et familiales qu’elle traverse. Les accusations et les appréciations concernant son époux et son entourage expriment sa position.

GUINEEFUTUR : Madame Kanté, dans un contexte marqué par plusieurs procédures judiciaires concernant votre mari, quel est le sens de votre démarche aujourd’hui ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : Je suis là, d’abord, pour voir comment contribuer en apportant des précisions et de la clarté aux institutions, notamment à la justice chargée des différents dossiers de mon mari. Je souhaite que le droit soit rétabli rapidement et que chaque partie prenante retrouve ce qui lui revient.

Si ma contribution peut permettre d’éviter que les procédures se prolongent inutilement, je suis prête à l’apporter, sans émotion ni passion. À mes yeux, certains conseillers officiels et officieux de mon mari n’ont aucun intérêt à voir ses ennuis judiciaires prendre fin rapidement.

Je suis également là pour protéger mon investissement matériel et humain dans AGB2A-GIC, mes intérêts et ceux de nos enfants. Enfin, je souhaite m’impliquer, si possible, dans la recherche de solutions pour que mon mari sorte de l’engrenage dans lequel je le considère piégé depuis quelque temps.

Lorsque vous parlez de vos enfants et de votre famille, vous souhaitez donner à ces mots un sens plus large. Lequel ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : Je ne voudrais pas que l’on parle uniquement de mes enfants biologiques et de moi. Dans le cadre de ma fondation et de mon engagement humanitaire, il y a aussi tous ces enfants que j’ai adoptés et qui vivent sous mon toit.

Je pense notamment aux quadruplées de Boffa et aux triplés de Bola. Ils font partie intégrante de notre vie. Ils bénéficient du même traitement que mes enfants biologiques.

Quand je parle de nous, je parle de cette famille tout entière. Mon engagement et les responsabilités que j’assume ne s’arrêtent pas à mes quatre enfants biologiques.

Revenons à AGB2A-GIC. Quel rôle jouiez-vous lorsque Lorcey en assurait la direction générale ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : Lorsque Lorcey était vivant, il était le directeur général d’AGB2A-GIC. C’était pratiquement lui qui tenait la barre, et il le faisait avec professionnalisme.

Mon mari et moi passions alors la quasi-totalité de notre temps en Allemagne, auprès des enfants. Nous y avions également le bureau de représentation d’AGB2A-GIC en Europe. C’est là que nous organisions nos rencontres et nos réunions avec nos partenaires internationaux.

Avec le temps, selon ce que j’ai pu observer, Lorcey s’est retrouvé en difficulté face à certains proches de M. Kanté employés dans l’entreprise. Certains se vantaient de l’influence qu’ils exerçaient sur mon mari et sur ses décisions.

Je l’ai vu se fragiliser et s’épuiser. À mes yeux, les pressions qu’il subissait ont lourdement pesé sur lui. Son décès reste une grande douleur.

Est-ce après sa disparition que vous avez décidé de vous impliquer directement dans la gestion ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : Oui. J’ai compris que, pour préserver les acquis de Lorcey et sauver l’entreprise, je devais m’impliquer davantage.

Je suis rentrée en Guinée. Je me suis occupée du commercial, de la communication et des relations extérieures. Progressivement, j’ai engagé des réformes dont les effets étaient visibles.

Ma démarche reposait sur la rigueur, une gestion saine et transparente, ainsi que sur le respect des principes et des lois qui encadrent la vie d’une entreprise.

À quel moment votre relation professionnelle avec votre mari a-t-elle commencé à s’effriter ? Vos méthodes et vos priorités étaient-elles devenues différentes ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : Les réformes que j’avais engagées exigeaient une rigueur qu’il trouvait parfois trop « allemande ». C’était pourtant ma manière de travailler et de protéger ce que nous avions construit.

Nous n’avions pas non plus la même orientation concernant l’utilisation de nos dividendes. Lui privilégiait une orientation politique. Moi, je tenais à une orientation sociale et humanitaire, dans le prolongement de mon engagement auprès des enfants et des familles.

Ces différences ont compté dans l’effritement de notre relation professionnelle. Quand les visions et les intérêts s’éloignent, une collaboration sincère, efficace et durable devient difficile.

Vous estimez également que votre entourage professionnel a joué un rôle dans votre mise à l’écart. Que lui reprochez-vous ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : Je considère que certains proches ont travaillé à créer une division entre mon mari et moi. Pour avoir davantage d’emprise sur lui et sur l’entreprise, il fallait nous séparer et l’éloigner de celle qui constituait, à mes yeux, son maillon fort.

Ils ont réussi à le convaincre de me faire quitter non seulement l’entreprise, mais aussi la Guinée, au nom de notre mariage.

La rigueur que j’avais instaurée dérangeait. Pour moi, mon éviction et la mise à l’écart de cette exigence de transparence ont contribué aux difficultés que nous connaissons aujourd’hui.

Votre exclusion, les atteintes à votre intégrité physique et psychologique que vous dénoncez, ainsi que la place qu’aurait prise une autre femme jusque dans vos fonctions, mêlent des questions intimes et professionnelles. Souhaitez-vous revenir sur ces aspects ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : Écoutez ! Vous ne m’inviterez tout de même pas à déballer ici toute ma cuisine intérieure ! (Rires.)

Existe-t-il une famille qui ne traverse aucune crise ? Et avez-vous souvent vu un homme, de surcroît guinéen, reconnaître tout ce qu’une femme a fait pour l’aider à se construire et à s’élever ? Il y en a certainement… peut-être sur la planète Jupiter ! (Rires.)

Je ne vais pas trop m’aventurer sur ce terrain. Je vous dirai simplement qu’il est insensé de vouloir retenir un adulte qui souhaite partir et expérimenter une autre vie.

Les enfants et moi vivons tranquillement en famille. Nous laissons le temps au temps de remettre les choses en ordre, si telle est la volonté de Dieu.

Dans ces circonstances, quelle est votre plus grande fierté sur le plan familial ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : Ma plus grande fierté est de pouvoir élever mes quatre enfants dans l’honneur, la dignité et avec beaucoup de patience, malgré les circonstances et les conditions que nous traversons.

Je tiens à leur transmettre les valeurs auxquelles je crois. Aujourd’hui, j’assume à la fois le rôle de père et celui de mère.

Je suis également fière d’avoir contribué, avec beaucoup de résilience, à bâtir avec celui qui est encore mon mari une entreprise minière qui donne aujourd’hui du travail à des milliers de Guinéens.

Et, si je peux le dire en toute modestie, je suis fière de l’avoir encouragé à entreprendre et d’avoir participé à la transformation d’un grand administrateur public en entrepreneur de taille.

Vous souhaitez éclairer les institutions sur certains dossiers. Vous évoquez notamment une contradiction concernant Chypre et la scolarité de votre fils Djibril. Que voulez-vous expliquer ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : D’après les propos de son audition que je rapporte, mon mari aurait expliqué son engagement à Chypre par l’intérêt de notre fils Djibril. Il aurait affirmé que Djibril possède un talent inné pour le football et que je ne voulais pas le laisser jouer.

Mais, dans le même temps, Djibril avait été exclu de son établissement scolaire en Allemagne pour non-paiement des frais de scolarité. À ce jour, nous devons encore 11 000 euros.

L’établissement a obtenu un jugement qui a entraîné le blocage de mon compte bancaire. Je dispose des documents qui en font foi.

C’est ce paradoxe que je souhaite faire comprendre : comment invoquer l’avenir de Djibril pour justifier un engagement à Chypre alors que sa scolarité en Allemagne n’était pas payée ?

Votre démarche s’adresse donc aussi bien aux autorités qu’aux familles qui s’estiment lésées et à votre mari lui-même ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : Oui. Je veux que les autorités comprennent ma volonté de collaborer avec elles, de leur apporter des précisions et de les aider à éclaircir certains éléments.

Je pense également aux familles qui se considèrent victimes des agissements de mon mari. Je souhaite que les droits de chaque partie soient pris en compte et que nous puissions rechercher des issues satisfaisantes.

Enfin, je m’adresse à lui. Malgré nos différends, nous avons des enfants et une entreprise en commun. Je ne peux pas regarder cette situation se dégrader sans essayer de prendre mes responsabilités.

Vous dénoncez le coût et la durée des procédures. Pourquoi pensez-vous que certains membres de son entourage auraient intérêt à leur prolongation ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : Selon les informations dont je dispose, chaque avocat concerné perçoit 10 000 dollars par mois pendant les procédures. Ce sont des dépenses importantes lorsqu’elles s’inscrivent dans la durée.

C’est dans ce contexte que je m’interroge sur l’intérêt de certains conseillers à voir les dossiers se résoudre rapidement. Je considère que mon mari est entouré de personnes qui alimentent son ego et le maintiennent dans une anxiété permanente, au lieu de l’aider à prendre du recul.

Ma volonté est de contribuer à clarifier les faits pour éviter des procédures inutilement longues et coûteuses.

Vous établissez aussi un parallèle avec les difficultés familiales de feu Conté et de Kadiatou Seth. Que souhaitez-vous faire comprendre ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : Selon moi, certaines personnes qui ont contribué à fragiliser la vie familiale de feu Conté et de Kadiatou Seth se retrouvent aujourd’hui dans notre environnement professionnel et familial.

Je considère qu’elles exercent une forte emprise sur mon mari. C’est cette répétition que je souhaite porter à l’attention de l’opinion. Il s’agit de ma lecture de ce que nous vivons et du rôle que j’attribue à ces personnes.

En tant que cofondatrice, comment vivez-vous la situation actuelle d’AGB2A-GIC ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : En tant que génitrice d’AGB2A-GIC, j’ai mal de voir cette entreprise mêlée à autant de démêlés judiciaires.

J’ai le sentiment que des personnes profitent de la situation et n’ont aucun intérêt à voir son dirigeant retrouver toute sa lucidité dans ses prises de décisions.

Dans la gestion d’une entreprise, il faut de la hauteur. Il faut s’entourer de personnes qui partagent une vision et une même conception de la gestion. Lorsque les visions et les intérêts sont différents, travailler durablement ensemble devient presque impossible.

C’est pour cela que j’ai décidé de prendre mes responsabilités, en tant qu’épouse, mais aussi en tant que cofondatrice et actionnaire. Je souhaite revenir m’impliquer dans la recherche de solutions pour toutes les parties prenantes.

Quel message adressez-vous à ceux qui alimentent aujourd’hui les polémiques ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : L’heure n’est pas à l’agitation pour divertir les gens. L’heure est grave pour notre entreprise.

Laissez-nous nous concentrer sur les moyens de redresser sa gestion et de trouver des solutions à ses difficultés, notamment aux soucis judiciaires qui impliquent son administrateur général.

Ces affaires ont des conséquences importantes sur la famille et sur les employés. Ce sont ces réalités qui doivent retenir notre attention.

Malgré votre mise à l’écart et vos différends, vous souhaitez donc aussi aider votre mari ?

Kadiatou Doumbouya Kanté : Oui. Quand on est mariée à quelqu’un, que l’on a des enfants avec lui et que l’on estime qu’il s’est retrouvé piégé par un entourage que l’on juge prédateur, il faut pouvoir mettre son ego de côté pour essayer de le sortir de cette situation.

Il est assez majeur pour choisir l’orientation qu’il souhaite donner à sa vie familiale et professionnelle. Cela lui appartient.

Mais, dans notre cas, il faut sauver l’entreprise, préserver son caractère 100 % guinéen et défendre l’intérêt de la Guinée et des Guinéens.

Il faut aussi, autant que possible, sauver son administrateur général. C’est le sens de ma démarche.

Source : guineefutur

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