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Chérif Bah : La chute d’un mentor, le naufrage d’un symbole

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Quel terrible gâchis. Comment un homme qui a incarné pendant des décennies la rigueur académique, la haute finance publique et l’espoir d’une alternance politique constructive peut-il voir son nom définitivement inscrit au greffe des déshonneurs financiers ?

Ce mardi 23 juin 2026, la Chambre des appels de la CRIEF a tranché, confirmant en appel la condamnation d’Ibrahima Chérif Bah à cinq ans de prison, cinq milliards de francs guinéens d’amende et la confiscation de tous ses biens. Au-delà des chiffres froids  ces 10 millions de dollars à rembourser et ces dommages-intérêts vertigineux , c’est le sentiment d’une immense déception qui domine.

C’est dommage. Le mot est faible pour décrire la trajectoire brisée de cet ancien grand commis de l’État. Avant d’être un dossier judiciaire sur la table de la CRIEF, Chérif Bah était une référence. Ancien gouverneur respecté de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), il fut surtout ce brillant professeur d’université dont les amphithéâtres ont forgé les élites de notre pays. À lui seul, il a formé une génération de cadres, parmi lesquels une vingtaine d’anciens étudiants sont devenus ministres de la République.

Il y a d’ailleurs quelque chose d’infiniment mélancolique dans ce verdict. On ne peut s’empêcher de déceler une légère part d’ingratitude dans la manière dont la nation solde les comptes de ses anciens serviteurs. Certes, nul n’est au-dessus des lois et la transparence est un impératif. Mais voir un homme qui a tant donné à la formation de l’élite intellectuelle et à la gestion macroéconomique du pays être ainsi balayé, dépouillé de tous ses biens au soir de sa vie, laisse un goût amer. L’histoire retiendra-t-elle le bâtisseur ou le condamné ?

Cette déchéance prend une teinte d’autant plus politique qu’elle frappe les têtes pensantes de l’opposition. Ancien vice-président de l’UFDG, Chérif Bah partage désormais le même destin d’exilé que le leader de son parti, Cellou Dalein Diallo. Et c’est là que le doute s’immisce. Comment ne pas voir que c’est cette même justice qui maintient aujourd’hui Cellou Dalein Diallo loin de ses terres, englué dans cette interminable affaire de la vente de l’avion d’Air Guinée ? Une procédure qui frise l’acharnement, quand on sait que l’acheteur de l’appareil lui-même, feu Mamadou Sylla, avait de son vivant publiquement lavé le leader de l’UFDG de toute responsabilité personnelle.

Aujourd’hui, le constat est d’une tristesse absolue : le maître et l’élève partagent le goût amer de l’exil, l’un poursuivi pour des dossiers politiques contestables, l’autre fuyant un mandat d’arrêt international pour des millions évaporés. Pour la Guinée, c’est l’histoire d’un immense rendez-vous manqué avec l’exemplarité. C’est le naufrage d’un mentor qui laisse derrière lui le souvenir d’un talent immense, emporté par le tourbillon d’une époque qui n’épargne plus aucun de ses vieux repères. Une véritable tragédie républicaine.

Boubacar Dansoko

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