Au crépuscule d’une transition qui s’était donné pour ambition la moralisation de la vie publique, le bilan administratif et financier du Conseil National de la Transition (CNT) soulève de sérieuses questions. Selon les éléments recueillis au cours de deux mois d’enquête, des pratiques de gestion contestables auraient cours au sommet de l’institution, impliquant l’ex-président Dr Dansa Kourouma et l’actuel Secrétaire général, Aboubacar Camara.
Depuis près de deux trimestres, les primes de carburant des agents de l’administration parlementaire seraient gelées. Selon plusieurs sources internes, cette situation découlerait du refus du Secrétaire général, Aboubacar Camara, d’adresser la lettre de requête réglementaire au Gouverneur de la Banque centrale une démarche qui conditionnerait pourtant le déblocage de ces primes.
Ces mêmes sources évoquent une priorité donnée à la liquidation des « primes de séparation » des conseillers nationaux, fixées à 500 000 000 GNF par personne. Plus préoccupant : M. Camara, cadre nommé par décret et toujours en fonction pour assurer la transition vers la future législature, figurerait lui-même sur la liste des bénéficiaires de cette prime une situation qui, selon plusieurs juristes consultés, poserait un problème de principe.
« Nous travaillons jour et nuit pour préparer la rentrée de la nouvelle Assemblée nationale, mais nous n’avons pas de quoi mettre du carburant dans nos véhicules. Apprendre que notre propre Secrétaire général chercherait à percevoir 500 millions de prime de séparation tout en restant en poste, c’est difficile à comprendre pour nous. »
« Une indemnité de séparation est par nature destinée aux membres d’un organe dissous ou en fin de mandat. Un Secrétaire général en fonction, qui incarne la continuité de l’administration, ne devrait normalement pas y prétendre. Si les faits sont confirmés, cela mériterait un examen approfondi de la part des autorités compétentes. »
Plusieurs sources internes font état d’une gestion disproportionnée des ressources sous la présidence du Dr Dansa Kourouma, évoquant des montants de l’ordre de 4 milliards de GNF par trimestre alloués à des fins qui resteraient à clarifier. Nous n’avons pas pu vérifier ce chiffre de manière indépendante à ce stade ; il provient de sources internes que nous nous engageons à recouper davantage.
L’ancien Secrétaire général, Souleymane Touré, qui a structuré l’administration du CNT avant d’être démis de ses fonctions par M. Kourouma, ne figurerait pas parmi les bénéficiaires des reconnaissances financières accordées ces dernières années — contrairement à des assistants personnels, selon nos sources.
Concernant le parc automobile, plusieurs témoignages évoquent une attribution de véhicules officiels qui aurait favorisé l’entourage proche de la direction, notamment des proches du Dr Kourouma et de M. Camara, au détriment de certains directeurs de carrière qui en seraient dépourvus. Nous n’avons pas pu vérifier indépendamment la destination finale de l’ensemble des véhicules évoqués par nos sources, notamment les allégations selon lesquelles certains auraient été cédés à des particuliers étrangers à l’institution.
« Pour me rendre aux réunions de travail, je dois prendre un taxi ou marcher, alors que d’autres collègues, proches de la direction, disposent de véhicules neufs. Cette situation nourrit un sentiment d’iniquité au sein de l’institution. »
Plusieurs experts consultés appellent à la prudence et à la vérification institutionnelle des faits rapportés. Un spécialiste en gouvernance publique, sollicité sous couvert d’anonymat, estime qu’« un audit indépendant de la gestion financière du CNT permettrait de clarifier ces zones d’ombre avant l’installation de la future Assemblée nationale ».
Nos sources et plusieurs observateurs estiment que la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) gagnerait à se pencher sur ce dossier, notamment sur les mouvements de fonds des deux derniers trimestres et la gestion du patrimoine roulant de l’institution — dans le respect de la présomption d’innocence des personnes concernées.
Au-delà des chiffres et des témoignages recueillis, c’est la question de la redevabilité institutionnelle qui se pose à l’approche de l’installation de la future législature. Les agents de l’administration parlementaire, dont certains travaillent dans des conditions précaires, attendent des réponses claires de la part des autorités compétentes.
Notre rédaction a tenté à plusieurs reprises de joindre M. Aboubacar Camara afin de recueillir sa version des faits, sans succès à ce jour. Nos colonnes lui restent ouvertes, de même qu’au Dr Dansa Kourouma, pour qu’ils puissent, s’ils le souhaitent, apporter leurs éclaircissements sur les éléments évoqués dans cet article.









